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 Le quartier de Moulay Abdallah

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ouedaggaï

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MessageSujet: Le quartier de Moulay Abdallah   Sam 27 Juil - 20:30

Le quartier de Moulay Abdallah


 Excursion-conférence des Amis de Fès à Moulay Abdallah, guidée et réalisée par Henri Bressolette, le 20 novembre 1950.

Cette excursion-conférence emmena les participants à travers un des quartiers abritant de prestigieux monuments puisqu'on y trouve le palais impérial, les restes de l'antique Noria de Bab Dekaken, et plus moderne l'arsenal de la Makina.

 C'est en partant de la porte monumentale de Dar el Maghzen, dont il évoqua l'ancienne situation de porte de ville, donnant l'entrée à même les remparts, que M. Bressolette a commencé cette visite qui attira une foule de Marocains du quartier qui s'est jointe au groupe de Français, tous curieux de l'histoire de Fès-Jdid.

 La promenade parcourt d'abord un jardin intérieur, ancien lit de l'oued Fès, détourné en 1888 par le Sultan Moulay Hassan, permettant d'admirer la longue succession de murailles et de tours. Cet ancien jardin, qui court dans un ancien enclos ayant fait partie du palais du khalifa de Fès – à l'époque de Moulay Arafa –  conduit les « Amis de Fès » au quartier « réservé », mais route logique vers l'antique nécropole de la dynastie alaouite et le méchouar immense de Bab Boujat.

 La vieille médersa de Moulay Abdellah sert de cadre à l'exposé documenté de Bressolette. Sur le chemin du retour, le groupe visite l'Arsenal, et dans l'enceinte de l'huilerie Skalli, la fosse de la Noria géante.


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Les remparts de Moulay Abdallah (Service photographique des Armées 1916)



 Voici le texte, certainement résumé, de la conférence d'Henri Bressolette.

             
  Au nord-ouest de Fès-Jdid, dans l'angle droit formé par l'enceinte intérieure mérinide, le quartier de Moulay Abdallah adosse l'hypoténuse de son triangle à la haute muraille nord du Palais Impérial. L'étroit couloir qui lui donne accès entre les deux enceintes mérinides ,au départ de la poterne latérale de Bab Dekaken le tient un peu à l'écart du reste de l'agglomération de Fès-Jdid, faisant de lui un quartier à part, avant même qu'il ne soit le quartier « réservé ».

  Il n'en fut pas ainsi à l'origine : avant que le palais impérial n'eût confisqué, à son profit, l'entrée de la ville, ce quartier communiquait librement avec le reste de Fès-Djedid et débouchait sur la grand'rue qui, de Bab Dekaken à Bab Smarine, traverse en ligne droite la ville créée en 1276 par Abou Youssef Yacoub. La preuve en est que la médersa édifiée par Abou Saïd en 1320, alors en pleine ville, se trouve maintenant englobée dans les agrandissements postérieurs au palais impérial ; les déviations imposées aux rues dans cette partie de la ville se lisent clairement sur le plan. Avant la fermeture de sa voie normale d'accès, ce quartier ne donnait pas, comme aujourd'hui, l'impression d'être asphyxié. C'était même à la fondation de la ville, le plus beau quartier : établi à l'entrée du palais impérial, il fut doté dès le début, de la plus belle mosquée, la Jama Kbir,  à laquelle, seule entre tous les autres sanctuaires mérinides, pouvait être comparée la mosquée de Taza, édifiée à la même époque, sur un ancien oratoire almohade. Les vestiges qui subsistent encore d'anciens palais mérinides, avec leurs hautes salles dont les stucages épigraphiques et floraux sont encore visibles, montrent que cette partie de la ville fut assignée comme résidence aux cheikhs et autres dignitaires mérinides, comme les textes d'Ibn Khaldoun et de Léon l'Africain nous le rappellent.

  A vrai dire, l'ensemble désigné aujourd'hui sous le nom global de Bab Dekaken subit très tôt des transformations. La première porte de la ville que les textes mentionnent sous le nom de Bab el Oued, devait se trouver à l'enceinte intérieure, renforcée probablement par une poterne à l'enceinte extérieure. Dix ans après, la construction en 1286 de la grande roue hydraulique de 26 mètres entraîna une première modification du cours de l'oued et un aménagement du pont.

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Porte et mosquée Jama Kbir
  La nécessité de protéger ces grandioses réalisations amena le sultan à construire l'ensemble puissamment fortifié de Bab Seba (la porte du Lion), dont les murs en échelon, uniques en leur genre dominent l'aqueduc en une imposante symétrie. Ainsi, la petite place où s'arrête aujourd'hui l'autobus , fermée à l'est et à l'ouest par de hautes murailles avec chemin de ronde, servait de place d'armes entre les deux portes, véritable pont fortifié puissamment défendu par les entrées coudées de la porte à baïonnette de Bab Seba dont le passage central n'existait pas à l'origine. Malgré des restaurations postérieures, ce dispositif de défense subsiste dans son ensemble tel qu'il fut conçu et exécuté au début du XIVe siècle.

  Les grandes transformations, celles qui modifièrent vraiment la physionomie du quartier, furent l'oeuvre du sultan Moulay Hassan à la fin du XIXe siècle. C'est lui qui, en créant cette enfilade de méchouars qui impressionna si fortement Loti, reporta l'entrée du palais jusqu'à Bab Segma, si l'on peut dire. En tout cas, l'entrée de la ville fut annexée au palais et la rue, jusqu'alors rectiligne, fut déviée pour permettre l'accès au quartier de Fès-Djedid. Le quartier de Moulay Abdallah étant, lui, complètement aveuglé, la muraille de l'enceinte intérieure fut percée et un couloir de communication fut ménagé entre les deux enceintes, tel qu'il est encore utilisé aujourd'hui. Il y avait bien un autre débouché sur Bou Khessissat, au nord du Mellah, mais il traversait les dépendances du palais et au surplus, il fut fermé lors de la construction du plais de Ba Ahmed.

  Quand à la porte de Bab Boujat, à l'extrémité ouest du quartier, elle ne donne accès qu'au méchouar créé par M. de Saulty entre 1850 et 1870. A l'origine, elle n'existait pas, car elle aurait débouché dans le jardin royal des Mérinides. Depuis la création du méchouar elle n'a servi que dans de rares occasions, comme lors de la Foire Exposition organisée dans le méchouar par le maréchal Lyautey en 1916. En temps normal, elle n'est pas utilisée par les gens du quartier car le méchouar auquel elle donne accès fait partie des dépendances du Palais Impérial. La véritable porte de Bab Boujat (le fleuron) est celle qui, plus au sud, fait communiquer le Palais avec le minzeh construit par le sultan Moulay Abdallah.

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Portes Dkaken
  A l'est, il existe une autre porte, Bab Aoudat ( la porte des Jugements) qui, du Palais, permet d'entrer directement dans le quartier, mais elle est réservée à Sa Majesté et ne s'ouvre que le 27e jour du Ramadan quand Elle va réciter les prières rituelles sur les tombes de souverains inhumés dans la nécropole royale alaouite de Moulay Abdallah. Par suite, le quartier de Moulay Abdallah, tout comme l'antique ville gauloise d'Avaricum, n'a qu'une seule voie d'accès et encore très étroite, tout à fait impraticable aux automobiles et à peine suffisante pour de légères charrettes.

  Une telle situation n'a pas manqué de peser sur la vie du quartier. Excentrique, il se trouve en dehors du courant de circulation  qui ruisselle dans les deux sens entre la Médina et la Ville Nouvelle par la grande rue de Fès-Djedid. Bien qu'il soit administrativement rattaché à Fès-Djedid, dont l'ensemble constitue le 4e arrondissement urbain, ce quartier vit un peu à l'écart, de sa vie propre, indépendante , avec son moqadem particulier. Il dispose de deux grandes mosquées et d'une plus petite Jama Seri ; on rencontre quelques saints de quartier tels que Sidi Mjaid et Sidi Moussa. Dans le domaine intellectuel, cinq msids dispensent l'instruction coranique élémentaire ; une école libre et la médersa de Moulay Abdallah complètent cet équipement, les écoles officielles étant toutes groupées dans le quartier de Fès-Djedid proprement dit. Par contre, sa vie économique est autonome avec son grand marché dans la rue centrale et ses trois fours.

  Le chiffre de la population qui était de 5508 en 1936 est passé à 8944 en 1945 (total des cartes d'alimentation). Sa densité est la même que celle du quartier de Fès-Djedid (60 en 1936) ; par contre pour une superficie sensiblement égale, le Mellah fait ressortir une densité deux fois supérieure. Que dire de sa composition ? Après sept siècles, il est impossible de préciser si les tribus mérinides ont fait souche dans ce quartier. La population actuelle est composée en grosse majorité des descendants des tribus guich qui furent installées sur ce territoire et comprend à peu près exclusivement un prolétariat urbain, ouvriers, garçons de café, petits employés ou modestes commerçants.

  En effet, malgré la salubrité du quartier bien aéré, bien ensoleillé, il n'est pas très recherché comme lieu d'habitation en raison de l'existence dans ses murs du « quartier réservé ». Dans plusieurs ruelles et impasses, 350 pensionnaires réparties dans 65 maisons vivent plus ou moins misérablement de leur industrie particulière. Les habitants du quartier ne cachent pas leur désir de voir transplanter ailleurs ce « quartier réservé » et souhaiteraient que fût reconstruit sur un autre emplacement, le dispensaire anti-vénérien de Bab Boujat qui vient de s'écrouler. Selon eux, l'hygiène sociale et la tranquillité du quartier y gagneraient. Assaini, ce quartier pourrait révéler aux visiteurs ses beaux monuments, témoins de sa splendeur première.

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Entrée du quartier réservé de Moulay Abdallah
  On rencontre certains vestiges de l'époque mérinide, entre autres, un pont couvert qui rappelle qu'une branche de l'oued Fès traversait le quartier, comme Ibn Khaldoun et Al Omari l'ont signalés. Mais les moments importants forment deux groupes ; la Jama Kbir et la mosquée de Moulay Abdallah.

  Près du Palais, la Jama Kbir élève depuis sept siècles son élégant minaret mérinide de 25 mètres de haut. Ses quatre faces artistiquement décorées d'entrelacs polychromes avec la frise du sommet où se déploient de grandes étoiles polygonales, en font le plus beau spécimen de l'époque mérinide. D'ailleurs le monument lui-même est de très heureuses proportions et dans son savant équilibre, dans son élégance calme, il prouve que les « Mérinides eurent à leur service de vrais architectes qui n'ont rien laissé au hasard » (M. Terrasse).

  Abou Youssef Yacoub, le fondateur de Fès-Djedid, voulut une mosquée digne de sa création et n'épargna rien pour l'embellir : l'exécution de la chaire fut confiée au meilleur ébéniste ; le grand lustre, avec ses 287 godets ne fut surpassé que par celui de la mosquée de Taza qui n'a pas son pareil dans toute l'Afrique du Nord. Afin que la nouvelle ville n'eût rien à envier à son aînée, Abou Saïd fit en 1320 édifier une médersa auprès de cette mosquée, comme auprès des grands sanctuaires  de la médina. Aujourd'hui désaffectée, cette médersa dresse à l'intérieur du Palais son minaret dont les bandes longitudinales de faïences vertes rappellent qu'il fut construit par Moulay Hassan. Enfin la mosquée des morts est aussi l'une des nécropoles royales mérinides et abrite les dépouilles des sultans Abou Saïd et Abou Inane ainsi que celles d'autres personnages princiers.

  Au centre du quartier s'élève la mosquée qui lui a donné son nom, celle de Moulay Abdallah. Edifiée vers le milieu du 18e siècle par le sultan, fils et successeur de Moulay Ismail, elle constitue également un ensemble : sanctuaire, médersa, nécropole. L'oratoire lui-même se compose de 3 nefs transversales sur 5 travées ; un minaret de 25 m de haut orné de longues bandes vertes et surmonté d'un jamour à 4 boules ( à ce sujet, M. François Bonjean a précisé que dans l'Inde, la pointe est le symbole de l'Un et les 4 boules en sont les manifestations).

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La médersa attenante ne saurait se comparer en rien, ni par l'ampleur, ni par le décor inexistant, aux médersas mérinides ; au reste elle n'abrite actuellement qu'un étudiant. Par contre la nécropole est un monument imposant bien digne de l'auguste personne des souverains qui y sont inhumés. Elle remonte à l'époque saadienne, au XVIe siècle, mais elle fut vraiment aménagée sous son état actuel par Sidi Mohammed ben Abderahmane au milieu du XIXe siècle, alors qu'il était khalifat de son père. Dans son livre sur les Mosquées de Fès,  M. Masloww l'a décrite avec précision. C'est là que reposent en plus de Moulay Abdallah (1732-1757) les souverains Moulay Youssef (1912-1927), Moulay Hafid (transporté en 1932), Moulay Abd el Aziz (en 1942). De même que la Jama Kbir était l'une des nécropoles royales mérinides, la mosquée de Moulay Abdallah est la nécropole impériale de la famille régnante alaouite.

  L'histoire du quartier et de ses monuments ne serait pas complète si on ne signalait qu'à deux époques très éloignées l'une de l'autre, à la fin du XIIIe et à la fin du XIXe siècles il a connu, chaque fois, les premières tentatives de modernisation du Maroc. A la fondation de la ville, les Mérinides ont emprunté à l'Espagne la technique de la noria pour résoudre le problème de l'eau et, depuis, des roues hydrauliques analogues ont essaimé dans tous les environs de Fès, telles que nous les voyons encore.

  A la fin du XIXe siècle, Moulay Hassan s'efforça d'importer les techniques européennes : la médersa d'Abou Saïd fut pendant un temps, transformée en école pour les architectes et les ingénieurs ( médersa el mohandisin) et surtout le soin de construire une fabrique d'armes fut confiée à la mission italienne, qui fit édifier l'imposant Makina dans le méchouar de Bab Seba, accolée à l'antique aqueduc mérinide. Quels qu'aient été les résultats de ces tentatives dans le domaine technique, les monuments auxquels elles ont donné le jour n'en subsistent pas moins aujourd'hui, témoins d'un désir de rénovation.

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Moulay Abdallah et l'oued Fès (Service photographique des Armées 1916)
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