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 GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord

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ouedaggaï

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MessageSujet: GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord   Mar 9 Oct - 21:56

GENSERIC, Roi des Vandales, Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord.

(Conférence prononcée en Janvier 1953 par Maurice Neny aux « Amis de Fès » et dont le texte m'a été remis par sa fille).



Dans sa remarquable étude de Genséric, le professeur Gautier, spécialiste en renom, suggère que les Vandales auraient été, certes sans le vouloir, les fourriers de l'Islam en Afrique Mineure.

Affirmation, de prime abord, surprenante puisque ces barbares n'imposèrent à l'Afrique, leur loi, que de 429 à 533 tandis que la religion du prophète fut prêchée et entreprises les conquêtes bédouines qui la vulgarisèrent, au VIIème siècle.

Pourtant si l'on veut bien admettre que rien de brutal ne se produit jamais dans l'histoire et que les événements les plus spectaculaires ne sont que l'aboutissement logique d'une lente évolution, il semble bien que cette thèse soit défendable et nous allons tenter de la développer au-delà des considérations exposées par notre illustre inspirateur, n'étant point tenu, comme lui, aux réserves qu'impose la notoriété.

Mais nous sera-t-il permis de conclure irréfutablement ?


Les Vandales

Comme tant d'autres peuples, qui, au début de l'ère chrétienne, déferlent sur l'Europe, les Vandales ont émigré de Scandinavie. Avec les Goths, leurs continuels et impitoyables ennemis, ils appartiennent au groupe des Germains orientaux. Au premier siècle, deux tribus, les Asding et les Siling sont établies sur la côte prussienne. Pressés par les Ostrogoths, ils s'écouleront vers la Hongrie, déborderont largement en Dacie, c'est à dire en Roumanie et en Ukraine, atteindront la mer Noire.

Là se produira l'événement qui déterminera la courbe de leur histoire : leur rencontre avec les Alains.

Les Alains sont des Asiates, des cavaliers rivaux des Mèdes et des Scythes, probablement originaire de l'Uzbekistan, région située au nord de l'Afghanistan et concrétisée par la vallée du Syr-Daria.

Leur destinée est peu commune et veut qu'ils soient toujours associés en position subalterne à d'autres peuples. Ils sont les alliés des Huns contre la Chine sous la dynastie Tchou, ceux de Rome contre les Goths, puis des Goths contre Rome. Dispersés par les Huns, ils se sont, dans le bassin inférieur des grands fleuves russes, collés aux Sarmates.

Ce sont de brillants seconds, mais en même temps des initiateurs. Ils apprennent, non seulement, à ces fantassins démocrates que sont les Germains, leurs alliés et leurs maîtres, l'art de combattre à cheval mais aussi la soumission à une véritable autorité royale. A l'école des Alains, les Vandales deviennent des cavaliers lourds. Désormais, une armure d'écailles les protège et ils utilisent une longue lance et une rapière droite à double tranchant.

Tant il est vrai que le style c'est l'homme et que l'uniforme fait le gendarme, le cavalier cuirassé, en position de supériorité sur le piéton qu'il domine, devient très vite un aristocrate. Ainsi naissent les féodalités.

Si elle n'avait pas rencontré et plus ou moins assimilé les Alains, la piétaille vandale aurait disparu sans histoire dans la steppe, elle n'aurait pas traversé l'Europe du Pont-Euxin, aux colonnes d'Hercule, Genséric n'aurait pu être l'étonnante figure qui tint en échec, pendant près de cinquante ans, le monde romain, il n'aurait point conduit son peuple en Afrique, il n'aurait pu narguer Byzance, berner sa diplomatie, détruire sa flotte.

A pied ou à cheval, pourtant, ce qui caractérise l'attitude du Vandale en Europe, c'est sa fuite perpétuelle.

Au IVème siècle, le Hun, gras et puant, semble, tel l'aquilon qui violente la forêt et disperse les feuilles, déchiqueter et brasser à grands coups de lanières le monde germanique.

Vers 375, les Vandales, incapables de résister à leur pression doivent quitter la Dacie. Avec leurs fidèles Alains, au nombre de trente mille peut-être, ils tentent de s'implanter d'abord dans le bassin du Danube, puis dans le nord de l'Italie, mais partout les places sont prises.

Les Goths commis par l'Empire à titre de « Federati », pour garder ses frontières s'acquittent d'autant mieux de leur fonction qu'elle est devenue la condition même de leur vie. Se laisser déborder ou vaincre c'est, inéluctablement, céder la place à de chanceux gaillards qui profiteront désormais des prérogatives attachées à leur nouvel emploi, octroyé « ipso facto », de soutien au pouvoir central.

Une trentaine d'années après leur départ de Dacie, en 406, poussés par le désespoir, ils réussiront pourtant à pénétrer en Gaule par Mayence, après une lutte farouche avec les Francs saliens et ripuaires qui défendent le Rhin.

Alors, pendant trois ans ils ravagent le pays du nord au sud. Ils se heurtent d'abord aux Pyrénées, puis réussissent à passer en Espagne sur les traces d'un certain Constantin qui les avait d'abord combattu. Ce Constantin était un barbare commandant les Légions rappelées d'Angleterre et il avait l'ambition avec l'aide de ces troupes licenciées, de se tailler un royaume dans la péninsule Ibérique.

Donc, en 409, par la côte basque, les Vandales accompagnés de leurs fidèles Alains et des Suèves qu'ils avaient raccrochés en route, pénétrèrent en Espagne. Par Burgos et Salamanque ils atteignent bientôt Séville.

Comme il fallait s'y attendre, l'Empire traite immédiatement et en échange de leurs bons et loyaux services installe les Asding et les Suèves en Gallice, les Alains en Lusitanie et à Carthagène, les Siling en Bétique.

Parvenus aux extrémités de la terre, les Vandales vont-ils pouvoir se fixer et retrouver l'équivalent de leur royaume abandonné de Hongrie ?

Non, l'éternel Goth ne cessera pas de les harceler, et cette fois la fuite en avant semble bien leur être interdite.

Walia, chef des Wisigoths, installé dans la Narbonnaise, obtient d'Honorius et à son tour, l'Espagne, qui devra être reconquise. Il s'attaque d'abord aux Siling qui occupent la Bétique, la riche Andalousie fertile et prospère. Après deux années de durs combats, il les anéantit en 418.

Mais d'autres soucis rappellent le vainqueur en Gaule. Les Asding qui avaient assisté sans intervenir à la destruction de leurs frères se joignent alors aux Alains, eux fort malmenés, et qui viennent de perdre leur roi Addac et, par la voie romaine de Lusitanie, atteignent à leur tour la Bétique et occupent le pays d'Alicante au Cap Saint-Vincent en 419.

Walia est loin, son représentant Castinus tente d'intervenir, mais il est vaincu et doit regagner, en piteux équipage, la Tarragonaise.

Les Vandales, errants, talonnés depuis trois siècles et qui fuient de campement en campement vont-ils pouvoir enfin souffler et jouir de la possession durable ?

Peut-être sont-ils les victimes d'un complexe d'infériorité, ce qui ne serait pas surprenant, ont-ils conscience de leur relative faiblesse, craignent-ils un écrasement définitif et sans échappatoire en cas de retour des Wisigoths, sont-ils attirés irrésistiblement par l'appât de la riche Afrique, ont-ils des desseins plus grandioses encore ?

Ils travailleront pendant dix ans, avec l'aide efficace des populations autochtones à construire la flotte nécessaire à leur transport et à celui de leurs chariots, de leur cavalerie et de leurs bagages vers un continent nouveau.

Or, ils sont quatre vingt mille, ils vivent au Vème siècle, embarqués à Tarifa, ils n'aborderont ni à Tanger ou à Ceuta, mais caboteront jusqu'en Oranie et réussiront parfaitement cette invraisemblable entreprise.


Genséric

L'animateur de cette épopée fut leur roi Genséric, une des plus grandes figures de son époque, cependant prodigue en caractères peu communs.

Genséric ou Geiseric a dû naître en Dacie vers 390 car Procope lui donne quinze ans au moment du passage du Rhin lorsque fut tué son père Godigisde ou Godegisel.

C'est un être malingre, petit et blond, taciturne, illettré, d'une grande austérité. Une grave blessure l'a rendu boiteux. Il est le fils d'une esclave, probablement alaine.

A la tête des Vandales et des Alains, Rex Vandalorum et Alanorum, il succédera en 428 à son frère Gunderich, mort subitement après avoir pillé le trésor de l'église Saint Vincent de Séville.

Il semble d'ailleurs, que bien avant cette date, il ait été investi de pouvoirs suffisants pour préparer la grande immigration. Aurait-elle, sans cela, suivi d'aussi près son avènement?

Dès 425, les Vandales visitent les Iles Baléares et tâtent les côtes africaines. La même année ils s'emparent d'Hispalis et de Carthago Sparteria, Séville et Carthagène, deux ports qui apporteront à leur projet l'aisance de leur équipement et de leur personnel spécialisé.

Cette même année, le pouvoir central s'émeut de ces activités subversives et un édit est rendu, interdisant aux Romains d'enseigner aux Barbares l'art des constructions navales et de la navigation.

En effet, laisser les Germains vivre en conquérants, sur les provinces qu'ils occupent n'a, en somme, qu'assez peu d'importance. Comment les en empêcher d'ailleurs et n'est-ce pas là le meilleur moyen de les neutraliser, mais qu'ils touchent aux choses de la mer, c'est autrement grave.

La cohésion toute relative de l'Empire d'Occident n'a jamais tenu et plus que jamais ne tient que par le liberté de la navigation dans la Méditerranée, cette « mare nostrum » tellement romanisée alors qu'elle n'est plus sillonnée par aucune flotte de guerre mais seulement par les lourds bateaux ronds qui apportent en Italie l'annone, redevance en blé qui nourrit le peuple, les fauves destinés au cirque qui le distraient, le marbre nécessaire à l'ornementation des riches demeures et des lieux publics, à la construction des édifices et des temples, l'huile d'olives enfin, précieux liquide dont l'Europe est pauvre qui alimente mais surtout et presque exclusivement éclaire.

Genséric n'aura cure de ces interdictions, toutes platoniques d'ailleurs et en 429 avec l'aide efficace des charpentiers, des calfats et des marins andalous, il aura terminé, équipé et armé la flotte qui lui permettra d'échapper définitivement à la pression des Goths, ses cousins, et sur un nouveau continent de réaliser sa grande, son étonnante destinée.

Les auteurs les plus dignes de foi laissent entendre que les Vandales s'embarquèrent au nombre de quatre vingt mille, dont quinze mille guerriers. C'étaient peu pour conquérir et occuper l'Afrique, mais assurément un maximum insurpassable à transporter puisque Genséric abandonne les Suèves qui, depuis le passage du Rhin en 406 et bien avant peut-être collent aux talons de son peuple. Ceux-ci, désireux sans doute de s'emparer d'une partie de la flotte ou de ses approvisionnements livrent bataille à Mérida au commencement de 429, mais ils sont défaits et leur roi Hermingar se noie dans le Guadalquivir en s'enfuyant.

Au mois de mai suivant, la saison est alors devenue clémente et la mer restera sûre jusqu'en juillet, les Vandales se groupent et s'embarquent à Julia Traducta, non point pour Tingis ou Septem, c'est à dire au plus près, mais empruntant la route habituelle du cabotage pour Ad Fratres, aux confins de l'Oranie.

En juin 430 ils mettront le siège devant Hippone en Numidie. Un an à peine leur aura donc suffi pour traverser et ravager la Maurétanie Caesaréenne, le long d'une route de douze cents kilomètres, celle de la colonisation romaine par Caesarea, Tipasa et Icosium le long du rivage, Lemdia, Rapidi, Ausia et Sitifis entre la Kabylie et l'Aurès.

Imaginons cette horde de quatre vingt mille âmes et d'un nombre considérable d'animaux de selle et de trait, avançant irrésistiblement comme une invasion d'insectes à la moyenne de cinq ou six kilomètres par jour et, sans approvisionnements dévorant sur son passage ce qui est nécessaire à sa subsistance, enlevant tout ce qui tente sa convoitise et peut s'emporter.

Nécessité fait loi, le Barbare doit piller pour vivre et seuls les pays riches et cultivés l'attirent. Il ne saurait se payer le luxe d'explorer. Les Vandales ne pouvaient employer un autre itinéraire, pour parvenir à leur but, d'ailleurs probablement incertain, que celui de la voie romaine commode au roulage, jalonnée de villes plus riches que les cités ibériques et gauloises, desservant le pays colonisé, menant sûrement par du concret à du connu.

Voilà pourquoi Genséric décida qu'il valait mieux risquer fortune en mer plutôt que de s'égarer et de mourir de faim dans les montagnes du Riff.

Le siège d'Hippone, défendue par le comte Boniface qui s'y était jeté avec sa garde de Goths, seule force que l'Empire pouvait sans doute opposer en Afrique aux envahisseurs, dura quatorze mois, jusqu'en août 431. A ce moment, Genséric a établi son autorité sur la Maurétanie Caesaréenne, la Numidie, la Zeugitane et la Byzacène. Il est pratiquement le maître des territoires algéro-tunisiens à l'exception toutefois de Carthage et de Cirta, Lambèse, Timgad, Tebessa qui ont été visitées et délestées de leurs richesses, la flotte avec laquelle le contact a été rompu aux confins des Kabylies a rallié.

Byzance prend alors l'affaire en mains et charge le général Flavius Ardabur Aspar de la défense de Carthage. Mais et assez curieusement, Aspar qui deviendra, par la suite un véritable maire du Palais sous des empereurs à sa dévotion est un Alain. Procope rapporte comment Genséric prit contact avec un prisonnier Marciem, Domesticus d'Aspar, que celui-ci poussera d'ailleurs plus tard sur le trône. L'Empire avait souvent opposé les Goths aux Goths, mais jamais peut-être les Alains aux Alains. De la rencontre de ces Iraniens subtils résulta le traité d'Hippone de 435 qui fit, à la mode habituelle, des Vandales, les défenseurs du pays qu'ils avaient conquis et de Genséric un général byzantin.

Pendant quatre ans les bandits resteront sagement gendarmes. Le 19 octobre 439, ils rompront les traités en s'emparant par surprise et sans coup férir de Carthage.

Cet événement de primordiale importance et qui fut retenu pour marquer le début de l'ère vandale fut aussi celui d'une guerre purement navale qui dura trente-sept ans et se termine par le traité de paix de l'automne 476.

Pendant cette longue période, à l'exception d'une trêve d'une dizaine d'années, les Vandales écumeront la Méditerranée, lanceront de continuelles expéditions de piraterie en Italie, en Espagne, en Gaule, en Illyrie, en Grèce, s'emparent de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse et de la Tripolitaine, pilleront Rome, enlèveront l'impératrice Eudoxie et ses deux filles, brûleront au Cap Bon, l'invincible flotte byzantine.

Genséric, désormais inoccupé ne tardera pas à s'éteindre. Il mourut en janvier 477, vraisemblablement âgé de quatre vingt sept ans.

La religion des Vandales

Les Vandales sont ceux, qui, de tous les barbares, les Huns exceptés, ont la plus mauvaise renommée.

Ils ont disparu depuis treize siècles, avant eux d'autres pillards ont emporté, brisé, brûlé ou dévasté ce que les sédentaires, patiemment, accumulent et bâtissent, après eux, bien d'autres encore ont, avec frénésie et des moyens accrus, pratiqué le même sport et, cependant, le mot « vandalisme» est resté l'expression courante de l'acte cynique et gratuit de destruction.

C'est que Genséric et son peuple sont Ariens et, mieux que les Goths qui le sont aussi, en quelque sorte les porte-flambeau de l'Arianisme, tandis que leurs historiens, pour la plupart, sont membres du clergé romain.

Le « Codex argenteus » précieux parchemin pourpre aux lettres d'argent et d'or, traduction du Nouveau Testament par Ulfila, inventeur de l'alphabet gothique, évêque de Nicopolis en Dacie et célèbre apôtre de « l'Arianisme », est écrit en dialecte vandale.

Les prélats ariens qui accompagnent Genséric n'ont aucun scrupule à bénir le sac des couvents et des sanctuaires car les reliques, les vases sacrés et les somptueux vêtements sacerdotaux dérobés leur reviendront finalement et ils éprouvent sans doute, dans ces occasions, la joie aiguë du fanatique persécuté, lorsque brûlent les autels de l'église qui l'a rejeté.

De plus, Genséric a imposé fermement l'Arianisme à l'Afrique, tout au moins aux provinces voisines de Carthage, la Numidie, la Zeugitane et la Byzacène, les seules d'ailleurs qui par leur emplacement et la qualité de leur population avaient une importance politique. Les évêques orthodoxes furent pour la plupart exilés en Sicile, le bas clergé contraint d'embrasser l'hérésie ou de céder la place, les basiliques et les chapelles, leurs dépendances, leurs revenus et leurs trésors affectés au nouveau culte.

L'on comprend aisément quelle rancoeur pouvait inspirer l'auteur du « De persecutione vandalica », Victor évêque de Vite, banni deux fois et mort en exil et l'on compatit à la douleur d'un Possidius, évêque de Calame, compagnon et panégyriste de Saint Augustin, humilié par l'effondrement de l'Eglise d'Afrique à la restauration de laquelle il venait de collaborer étroitement.

On imagine aussi, sans effort, que les populations des côtes septentrionales de la Méditerranée qui subirent pendant trente sept ans les razzias incessantes de la piraterie vandale et de ses terribles auxiliaires maures ne les aient guère portés dans leur cœur. Or ces populations formaient alors l' Europe civilisée et leurs sentiments nous sont tout naturellement parvenus.

Genséric, pourtant, avait trop de bon sens pour ordonner ou permettre la destruction systématique de ce qui était édifié dans le pays où il devait se fixer. Après quatorze mois de siège, Hippone investie ne fut pas brûlée, ses habitants à peine molestés, la célèbre bibliothèque d'Augustin respectée et Possidius put librement chercher une autre résidence.

Genséric n'ordonna les persécutions que pour imposer rapidement une foi dont il avait toutes les raisons de se considérer comme le grand-maître et d'avoir ainsi la possibilité d'investir, à l'exemple récent de Constantin le Grand, fondateur de Byzance, sa propre personne et celle de ses successeurs du pouvoir spirituel, seul moyen de conserver à la puissance temporelle une efficience durable.

En face du grand empire théocratique orthodoxe de Constantinople, se dresserait ainsi l'empire théocratique arien de Carthage qui deviendrait le centre d'un autre monde et dirigerait à son grand profit la résistance des importantes minorités hérétiques assujetties au premier ou résidant à ses frontières.

Un acte célèbre décèle la pensée intime du grand monarque, c'est celui connu sous le nom de Testament et qui prescrit l'ordre successoral de primogéniture absolue dans la famille royale des Asdings, acte dont la promulgation déclencha d'ailleurs de graves troubles au sein de la nation vandale, fidèle à la coutume élective des Goths et que Genséric imposa au prix d'une sanglante répression.

Emerveillés par la perfection dogmatique actuelle des églises romaines et grecques, nous nous faisons une idée fausse de la façon dont s'est constitué le Christianisme, lequel comme toutes les choses durables fut œuvre patiente et n'a point jailli spontanément des Evangiles. Il a fallu sept conciles oecuméniques et huit siècles pour fixer sa doctrine : en 325, Nicée qui condamne les Ariens, en 381 Constantinople contre les Macédoniens, en 431 Ephèse contre les Nestoriens, en 451 Chalcédoine contre les Monophysites, en 553 Constantinople à l'occasion des Trois Chapitres, en 680 Constantinople encore contre le monothélisme, en 787, Nicée enfin contre l'iconoclasie.

Chacune de ces hérésies n'est actuellement réputée tels que parce qu'il se trouva toujours un père de l'Eglise, un Pape, ou un souverain pour la combattre et, dans l'un ou l'autre de ces conciles, obéissant parfois à d'impérieuses nécessités politiques, une majorité d'évêques pour la condamner.

Chacune d'elle, pourtant, fut le fruit de profondes spéculations théologiques et l'expression d'une piété agissante et sincère, d'une foi qui cherchait à se spiritualiser davantage, à se sublimer.

Le tournant qui marque l'évolution du Méditerranéen vers les doctrines religieuses modernes est antérieur de plus de trois siècles à la naissance de Jésus. C'est la conquête de la Perse par Alexandre qui amorça l'importation en Europe des cultes orientaux, ceux d'Ahura Mazda, de Mithra, d'Attis et de Cybèle notamment, tous basés sur des conceptions concordantes dans les grandes lignes avec celles que le Christianisme devait plus tard répandre.

A cette époque appelée hellénistique, l'esprit grec, tourné vers le désir d'approfondir et de connaître, produisit la Gnose.

La Gnose ou plutôt les gnoses car de nombreuses sectes gnostiques qui prospérèrent jusqu'au Xème siècle étaient combinaisons de la vision mystique et des connaissances théologiques, philosophiques et astronomiques du moment.

Les cultes pratiqués par ces différentes sectes, quoique souvent spermatiques, sont grandement différés. Leurs mystères, dérivés parfois de ceux d'Attis, sûrement ceux des Ophites, sans doute ceux des Masilidiens, étaient orgiaques. Certaines sectes faisaient un large emploi de la magie, d'autres des théories pythagoriciennes des Nombres et de la Métempsychose, quelques unes établirent un pont entre l'affabulation homérique et les révélations de Moïse, une assez particulière, celle des Carpocratiens professait le collectivisme intégral allant jusqu'à la mise en commun des femmes, mais toutes rattachaient la sagesse profonde à la connaissance d'une Trinité primordiale.

Le Dieu Don, Simon incarnation de son fils et Hélène ; le Père, Sophia et le Grand Archonte ; Pythos, l'Eonnia et Noûs ; le Propator, Sigé et le Logos ; le Pro-Principe, Elohim et Eden ; La Lumière, le Christ et l'Esprit (on pourrait augmenter cette énumération) forment toujours la triade solide, base de systèmes pouvant néanmoins conclure à l'existence de tétrades, d'hebdomades, d'ogdoades voire de triacontades interposées entre le Ciel et la Terre.

D'ailleurs Tout est dans Un et Un est dans Tout. Le symbole des Ophites est un serpent qui se mord la queue, l'Alfa qui rejoint l'Oméga, le Fini qui atteint l'Infini.

La créature spirituelle ou matérielle détentrice d'une parcelle de rosée de Lumière tombée d'en Haut est un reflet de la divinité et tend irrésistiblement à la rejoindre. Homme et Création se ressemblent, il est un micro cosmos, elle est un méga anthropos.

La triade se retrouve en eux : c'est le Corps, l'Ame et l'Esprit, le Chaos, les Ténèbres et l'Eau, l'Air le Pneuma et l'Ether.

Mais il est bien évident que les composantes de ces Trinités sont inégales en puissance et en grandeur. Le Corps, produit du Chaos et de l'Eau ne saurait être comparé au Pneuma qui provient du Démiurge et à fortiori à l'Esprit, insufflé à la créature rampante par le Pré-Existant.

Et le Démiurge lui-même, le Créateur de la Terre et de ses habitants, le Grand Archonte, Ialdabaoth, ou Sabaoth, Dieu des Juifs, Dieu mauvais puisque sa création est vouée à la corruption et à la mort, Dieu de justice et de crainte ne peut atteindre aux sphères élevées où résident le Père, le Dieu Don, le Propator, avec Sainte Ennoia.

Il y a donc entre la Divinité suprême et l'indéfinissable, les Logaï, des intermédiaires. Après Dieu, l'être le plus parfait est le Logos principal, le Fils de la sagesse, puis viennent les Dominations et les Puissances qui veillent à l'application des Lois et des Principes.

On pourrait condenser l'ensemble des doctrines gnostiques dans ces trente mots qui résument celle de Philon, juif d'Alexandrie, lequel naquit vers 41 av. J.C. et n'entendit parler que vers la fin de sa vie, des prédications d'un certain charpentier de Nazareth.

Le Gnosticisme, postérieur au Christianisme n'est donc une hérésie que dans la mesure où il fut pratiqué par des Chrétiens et l'on ne pourrait faire grief à un Infidèle d'affirmer que l'Eglise de Pierre et de Paul, n'a été somme toute qu'une Gnose qui a réussi, gnose basée sur l'Ancien Testament, ce que lui reprochait le gnostique Marcion qui professait que Jésus était l'incarnation du Dieu Don, venu sur terre pour mettre un terme au culte du Démiurge, l'Elohim, du Dieu des Juifs qui, jusque là inconscient de son origine s'était faussement affirmé à sa création comme Propator omnipotent.

Ainsi l'on conçoit quelle place a pu tenir l'ineffable Trinité dans les préoccupations religieuses des penseurs vivant aux premiers siècles de la chrétienté et qu'il se soit trouvé des esprits zélés, sincèrement désireux d'épurer la conviction monothéiste pour prêcher des doctrines que le Magistère ne pouvait d'ailleurs décréter hérétique qu'après jugement des docteurs.

Le plus célèbre de ces hérésiarques fut Arius, prêtre d'Alexandrie, nourri de l'enseignement d'Origène, qui prêcha vers 323 que le Verbe, le Fils de Dieu n'est pas réellement éternel, infini et tout puissant, mais subordonné au Père. Il entra en conflit avec son évêque Alexandre, l'accusant de professer l'hérésie de Sabelius qui, lui, niait la distinction entre les personnes divines. Réuni par Alexandre, un synode d'évêque orientaux excommunia et déposa Arius à qui l'on reproche de renouveler l'erreur de Paul de Samosate, scandaleux évêque d'Antioche et grand favori de la reine Zénobie qui soutenait que le Verbe n'était pas personne distincte mais Raison divine communiquée à Jésus pour l'élever peu à peu au rang de fils de Dieu.

Réfugié en Hythinie, Arius soutenu par ses anciens condisciples de l'école de Lucien d'Antioche, Eusèbe de Césarée et Eusèbe de Nicomèdie provoqua de si grands troubles dans les esprits que Constantin le Grand, encore païen mais qui joue adroitement en politique et avec l'aide d'Hélène, sa mère, de la carte chrétienne, réunit à Nicée en juin 325, pour apaiser les consciences, le premier concile oecuménique. Trois cents évêques condamnent solennellement Arius et promulguent le symbole de la foi orthodoxe qui fait, en tous points, de Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, l'égal du père.

Mais il entrait dans les vues de Constantin de ne s'aliéner aucune des minorités dynamiques qui constituaient alors le monde chrétien et jusqu'à sa mort, en 337, il joua avec bonheur, entre les unes et les autres le rôle d'arbitre et de modérateur, allant jusqu'à exiler à Trèves Athanase d'Alexandrie, trop ardent défenseur de la foi orthodoxe. Arius qui résidait à Constantinople, la capitale nouvellement édifiée précéda de quelques mois, le grand empereur dans la tombe.

Mais l'Arianisme était alors profondément enraciné et, sous le règne de Constance, qui lui était nettement favorable, il détrôna l'orthodoxie en Orient. Constant, un autre fils de Constantin, gouvernait l'Occident et restait lui fidèle à la foi de Nicée. Un concile se tint à Sardique en 343 mais ne put opérer de rapprochement. Constant mourut en 350 et avec le rétablissement de l'unité de l'Empire, l'Arianisme faillit vaincre universellement. L'adresse des Byzantins et la fermeté de Constance amenèrent à composition la plupart des évêques et le pape Libère, lui-même. Les conciles de Rimini en Occident et de Séleucie en Orient, se mirent d'accord en 359 sur une formule transactionnelle qui passait sous silence, à la fois la création du Fils et le « consubstantiel » de Nicée.

Deux ans plus tard, Constance mourait à son tour et sous l'impulsion énergique d'Athanase en Orient et d'Hilaire en Occident l'orthodoxie réagit avec succès. D'ailleurs l'Arianisme, frappé du mal byzantin subissait une crise de dissociation interne. Tandis qu'Aétius et Eunomius (les eunoméens) soutenaient que le Christ n'a rien de commun avec le Père, Basile d'Ancyre et les homéousiens le reconnaissaient pourtant de substance semblable, les homéens, avec Acace de Césarée similaire à lui.

Les persécutions de Julien l'Apostat firent passer, pour un temps, ces querelles au second plan puis le règne de Valens ramena en Orient de beaux jours pour l'Arianisme. Par contre Valentinien qui siégeait à Rome protégea nettement le grand pape Damase et Ambroise, évêque de Milan, qui en purgèrent l'Occident.

Théodose le combattit avec non moins de vigueur et le concile de Constantinople de 381 détrôna définitivement sa prépondérance en Orient.

Il resta pourtant la religion des Germains orientaux, des Goths, catéchumènes de prédicateurs exilés et si Clovis, salien gagné au catholicisme n'avait vaincu à Tolbiac et à Vouillé, il aurait, à nouveau, fleuri en Gaule au Vème siècle.

A cette époque, les Vandales occupaient l'Afrique et, dépositaires de la Bible d'Ulfila, comme nous l'avons vu, s'en faisaient férocement les porte-drapeaux.

Par ailleurs (cette digression sort de mon sujet, mais toute la vie religieuse et politique du Moyen-Age oriental est dominée par ces jeux théologiques), le diable n'abdiqua point aussi vite ses droits.

Emportés par leur zèle, les plus ardents défenseurs de la foi tombèrent eux-mêmes, dans l'hérésie.

Nestorius, patriarche de Constantinople, confesse que Jésus-Christ n'a été qu'un homme en qui résida le verbe de Dieu. Il n'est donc point Dieu, mais Théophore et comporte deux personnes, l'une humaine et l'autre divine. Marie n'est que la mère de la personne humaine. Le concile d'Ephèse de 431 fit justice de cette opinion.

L'archimandrite Eutychès, grand ennemi de Nestorius prêche alors que la nature divine du Christ a absorbé sa nature humaine. Le concile de Chalcédoine de 451 condamne Eutychès, mais sous le nom de Monophysisme survit son hérésie et elle crée de grandes difficultés politiques aux empereurs d'Orient. Basilisque publie en sa faveur l'Encyclique et Zénon, l'Hénotique dont le souci d'impartialité mécontente tout le monde. Théodora, femme de Justinien protège les monophysites tandis que celui-ci fait condamner les Trois Chapitres.

L'empereur Héraclius et le patriarche de Constantinople Sergius, désireux de rétablir l'unité religieuse proposent alors de reconnaître dans le Christ, deux natures mais une seule volonté. L'Ecthèse, promulgué en 638 formule cette doctrine qui sous le nom de Monothélisme est condamnée par le concile de Latran de 649 et par le concile oecuménique de Constantinople de 680.

De nos jours, il y a encore des Nestoriens en Chine et en Iran, les Monophysites sont groupés dans les églises arméniennes, copte et jacobite et très probablement certains maronites sont monothélistes.

Ainsi s'avère la place prépondérante que tint dans le souci dogmatique des chrétiens, le mystère de l'Incarnation et, par corollaire, celui de la Trinité. Il ne faut donc pas s'étonner qu'une hagiographie naïve rapporte la cuisante leçon donnée par un ange sur la plage d'Hippone au saint évêque Augustin, qui, devant l'immensité de la mer cherchait à l'approfondir.

L'Afrique au Vème siècle

A l'époque d'Augustin, en ce Vème siècle qui vit l'effondrement de la puissance de Rome et l'affirmation de celle de Byzance quelle était la situation ethnologique et sociale de l'Afrique.

Les plaines et les plateaux accessibles étaient largement cultivés. Des villes peuplées et commerçantes y étaient construites et il est certain que les demi-nomades qui les occupaient à une époque antérieure avaient été sédentarisés ou refoulés. Les terres appartenaient aux grands propriétaires de l'ordre sénatorial et le colon était un serf, attaché à la glèbe et y travaillant sous la surveillance du « vilicus », de l'intendant.

Nous trouvons là une société organisée comme l'est celle des Gaules, truffée d'immigrants sur fond d'autochtones, dans l'ensemble fortement latinisée tout en ayant conservé de vivaces traditions puniques et berbères.

Les Kabylies, montagnes à climat humide, où chaque pouce de terrain est utilisé, se sont jalousement gardées contre toute pénétration. Elles fournissent au recrutement de la IIIème Légion, groupée à Lambèse et qui veille sur le pays d'en deçà le « limes ».

Enfin l'Aurès et les confins désertiques sont restés les domaines de nomades pasteurs de moutons et de chameaux.

Il est certain que le Christianisme avait profondément pénétré dans le monde latinisé de la plaine et des villes. Victor de Vite rapporte qu'au concile de 484 Hunéric a convoqué 466 évêques catholiques. Après la persécution arienne, il subsistait donc au moins autant de communautés orthodoxes. Il y en avait sûrement bien davantage 50 ans auparavant.

Pourtant si l'on se reporte à la biographie de Saint Augustin, on constate que dans une cité d'aussi peu d'importance que Thagaste en Numidie cohabitent païens et chrétiens, adeptes de Mani, mitraciens, voire parsis et juifs. Ils s'allient sans préjugés comme Placidius et Monique, passent de l'idolâtrie au manichéisme, puis au Christianisme comme Romananius, Alype, Nébride et Augustin lui-même.

Les Kabyles aussi, on les appelle alors Dawars ou Quinquigentiens, sont christianisés. Ils le sont au point d'avoir baptisé « Kanoun »(canon) – le mot d'ailleurs est resté dans l'arabe vulgaire- le code de leurs coutumes mais ils restent pourtant fidèles encore au bélier solaire, au bélier d'Hammon.

Les nomades de l'Aurès et des sables pratiquent les cultes naturistes anciens de l'Afrique, cultes rehaussés de rites lybiens et peut-être chrétiens.

Certains sont judaïsés. L'épopée de la célèbre Kahena qui dispute fièrement son indépendance au siècle suivant, en est la preuve.

Dans la campagne romanisée, les classes moyennes ont peu à peu disparu remplacées par un prolétariat asservi aux possesseurs du sol par les lois strictes qui ne lui permettaient ni de changer de maître, ni de contracter mariage en dehors de sa classe sociale.

Cette situation peut atteindre les âmes sensibles, elle était assez bien tolérée.

Si le maître a sur le serf des droits assujettissants, il n'en est pas moins tenu , à son égard, à d'impérieux devoirs.

La certitude absolue de cultiver, sa vie durant, la terre où l'on naquit et qui fut déjà retournée par l'ascendance comme elle le sera par la descendance procure un sentiment de sécurité qui n'est point tellement éloigné de celui qu'assure la possession réelle.

Quand à chercher femme au-dessus de sa condition, c'est démarche bien rare chez le paysan qui ne désire guère que trouver compagne de bon usage.

Et lorsque d'aventure, quelque bergère séduisait un notable, l'influence et la redevance du formariage intervenaient pour la satisfaction commune.

N'en déplaise aux apôtres d'un égalitarisme utopique, une société n'est jamais prospère que si elle s'appuie sur une masse de manuels contrainte par la loi d'accomplir sans profit spéculatif, les taches vitales et qui, parce qu'utile sinon indispensable protégée par cette même loi, trouve dans cet accomplissement sa raison et de très suffisants moyens de vivre.

Peu avant l'invasion des Vandales, par suite de la mévente de l'huile, que n'achetait plus l'Europe ruinée on eut la preuve de la véracité d'une telle constatation car ce fut les serfs libérés par l'abandon de domaines tombés en faillite qui formèrent les bandes des Circoncellions, pillards, incendiaires et meurtriers, mystiques nihilistes et désespérés, maniaques du suicide, dont l'idéologie dépassait en noirceur les plus sombres existentialismes.

Installés en Afrique, les Vandales se substituent aux possesseurs du sol qu'ils domestiquent ou chassent, mais ils n'apportent aucun trouble dans la vie routinière des tenanciers, ceux-ci préférant d'ailleurs bientôt ces nouveaux maîtres rudes et naïfs, dédaigneux des réalités agricoles, donc ignorants et manoeuvrables, aux anciens qui savaient trop bien déjouer les ruses paysannes et obtenir de lourdes redevances.

Quinze mille guerriers vandales ont débarqué à Ad Fatres en juin et juillet 429. Sous les murs d'Hippone en juin 430, combien pouvait-il en rester ? Car cette troupe combattit, paya tribu aux fièvres, à la dysenterie, à Vénus et dans des luttes sans gloire, rançon au pillage.

Aussi, Genséric s'empressa-t-il, comme son père, en un moment critique s'était adjoint les Suèves, de recruter les Kabyles, excellents auxiliaires qui tiennent de Rome une solide tradition militaire et qui, depuis que celle-ci les laissent inactifs, étouffent dans leurs montagnes. Il pourra, avec eux reconstituer une force suffisante pour tenir le pays et parer aux attaques extérieures.

De même, ce seront des Maures, plus que probablement gens de tente, que ses flottilles débarqueront en Europe pendant trente sept ans pour de cruelles et de fructueuses opérations de piraterie.

Cet organisateur émérite, ce grand homme d'état, ainsi neutralise et gagne à sa cause les seuls éléments de la population qui pourraient utilement s'opposer à son établissement.

Admis comme moindre mal et meilleur maître par le colon, accepté par le Maure qui trouve son profit à le servir, bien accueilli par les gens de mer, de sang punique pour la plupart que sa marine utilisera largement, chez qui le Vandale trouvera-t-il, en définitive, de l'opposition ?

Chez les Romains de classe noble et bourgeoise, dépossédés de leur fortune, de leurs privilèges et de leur autorité et dans l'Eglise catholique que l'importation de l'Arianisme met en danger de mort.

Il y a d'ailleurs, à cette époque, une affinité certaine contre ce qui est latin et ce qui est catholique. Les rapports d'Augustin et du Comte Boniface, le premier véritable directeur de conscience du second encore païen caractérisent ce rapprochement. Il semble que le Pape, résidant à Rome relève déjà, dans l'ordre spirituel, le sceptre qui vient de choir des mains débiles des derniers empereurs d'Occident que nul ne songerait désormais à défier.

Une société encore coiffée par les Romains après le Vème siècle devait infailliblement devenir catholique. C'est à cette époque que l'Eglise de Rome a joué et gagné partout où elle a pu atteindre l'autochtone et l'envahisseur barbare par le latin ou le latinisé resté en place.

En même temps qu'eux ou que leur influence, elle a été chassée d'Afrique. La défaite de Boniface devait amener celle d'Augustin.

L'Afrique après l'établissement des Vandales

Genséric aurait donc inconsciemment préparé, l'établissement de l'Islam en Afrique du Nord en dépossédant et en chassant le Romain, élément de stabilité, positif et conservateur par éducation et tempérament, ni mystique, ni ergoteur, ni sentimental, tout prêt, à cette époque à pratiquer le Christianisme et à le diffuser, voire à l'imposer.

On peut objecter, non sans raison, que les communautés orthodoxes, après un siècle de clandestinité, connurent un renouveau de prospérité sous Hildéric qui décréta l'égalité des cultes ariens et catholiques, puis surtout après 533, lorsque Bélisaire, général byzantin, eut vaincu Gélimer. Mais si Justinien rétablit en 535 l'Eglise d'Afrique dans ses droits et prérogatives et la dote somptueusement de basiliques et monastères, il la soustraira délibérément aussi à l'influence de Rome, lui imposera ses vues personnelles sur le Monophysisme, l'obligera à souscrire à la condamnation des Trois Chapitres, exilera le primat de Carthage Reparatus pour le remplacer par Primosus, évêque à sa dévotion.

Avec l'arrivée des Byzantins, c'est déjà l'Asie qui déferle en Afrique, l'Asie passionnée, raisonneuse, mystique, indisciplinée, porteuse de tous les germes de dissociation et d'hérésies et au contact de laquelle se réveillera par réaction le vieux donatisme local qu'Augustin croyait avoir terrassé, qui ne trouvera plus d'adversaire de cette taille et sera le signe annonciateur de la prochaine main mise berbère sur le pays.

Ces réfugiés d'Asie mineure et d'Egypte, fuyant les persécutions puis chassés par les premières conquêtes bédouines ranimeront la passion des discussions théologiques, discussions, qui, partant de l'Arianisme tendront à dogmatiser un monothéisme, en apparence plus parfait que celui de Rome puisque dépouillé davantage d'attache anthropomorphique.

A vouloir serrer au plus près le mystère de l'Incarnation, à vouloir épurer de toute compromission cosmique la divine Trinité, on se prépara lentement mais sûrement à accepter le Coran qui proclame, lui, sans ambiguïté, l'Unité et la Transcendance absolue de Dieu.

Par ailleurs, le protecteur byzantin ne reconstitue pas la Société par un apport appréciable de nouveaux nobles et bourgeois.

Au seigneur romain a succédé le seigneur vandale. Celui-ci désormais déchu, semble bien, hormis cas particulier, n'avoir pas été remplacé. L'armature rompue n'est pas réparée.

Byzance laisse aussi le Maure dans l'inactivité. Elle ne pratique pas la piraterie et ses troupes sont régulières et disciplinées. A quoi pourrait-elle bien employer ce barbare ?

Ses armées se composent surtout d'une lourde cavalerie et ses cuirassés, il serait bien incapable d'en fournir le recrutement.

Inoccupé, celui-ci aura, désormais, toutes les raisons de s'imposer en nouvel et triomphant féodal.

Surgies du fond des sables, les tribus nomades chamelières, les Botrs, les Zénètes, asserviront de plus en plus une population sédentaire diminuée et privée d'encadrement.

Les Nfousa, les Louata, les Matmata, les Maghila, les Koumia, les Miknasa, qui joueront un rôle important après la conquête bédouine apparaissent déjà. Ils se heurteront aux byzantins et tueront au combat Salomon, leur célèbre général.

Les transhumants Branès, conduits par leurs chefs Yabdas, Antalas, Coutzinas, chercheront eux aussi à mettre la main sur les plaines cultivées. Devant cette turbulence, Byzance devra ramener le limès au nord de l'Aurès, abandonnant ainsi une bonne moitié de la Numidie et de la Byzacène et pratiquement tout le territoire à l'ouest de Sétif.

Donc les éléments nomades refoulés au désert par la colonisation romaine et que Rome a doté du chameau, portés par cet incomparable instrument de conquête, de plus en plus réoccuperont les territoires civilisés et, aux sédentaires qui subsistent, imposeront leur loi.

Or, qu'elles soient judaïsées, christianisées ou encore idolâtres, ces tribus chamelières ont un genre de vie bien peu différent de celui des bédouins donc, une mentalité qui s'accommodera fort bien des croyances nouvelles et tellement adaptées aux conditions de la vie nomade que ceux ci propagent.

La conquête bédouine

Sous le Khalifat du prestigieux Omar, deux célèbres koraichites, ralliés en 628, Khalid in Oualid et Amrou Ibn El As entreprirent la conquête, le premier de l'Asie et le second de l'Afrique.

Pourtant Amrou, parvenu en Tripolitaine se vit interdire par Omar de pénétrer plus avant. Il fallut l'avènement d'Othman et celui de l'année 647 pour qu'Abdallah ben Saad se risquât jusqu'au sud tunisien.

A cette époque l'autorité de Byzance en Afrique est fort ébranlée. Abdallah trouve devant lui à Sbeitla, Djoredjir, le Patrice Grégoire qui s'est rendu à peu près indépendant. Grégoire est vaincu et périt dans la bataille. Bien que certains zénètes, les Maghraoua notamment, aient dès cette époque embrassé l'Islam, Abdallah n'exploite ni sa victoire, ni ses alliances et après une année d'occupation, riche de butin, il se replie sur ses bases de départ.

Treize ans, plus sûrement dix-sept, au plus vingt-trois s'écoulent avant que les Arabes absorbés par les querelles d'Ali avec les Kharedjites et Moaouia aient loisir de poursuivre leurs conquêtes. Ce n'est guère qu'en 660 et plus probablement en 664 que la Byzacène est de nouveau menacée. Okba ben Nafi, l'homme qui baigna son cheval dans la vague atlantique n'apparaît qu'en 670.

Fidèle à la stratégie de l'Islam, il fonde aussitôt Kairouan et s'y installa. Les Arabes eurent coutume de construire une place fortifiée, à la fois base de départ, centre d'approvisionnement et position de repli, avant d'entreprendre toute nouvelle conquête.

Ce furent en 636, Bassora aux portes de la Mésopotamie et Kouffa sur l'Euphrate, en 638 Fostat qui commandait le canal du Nil à la Mer Rouge et un peu plus tard Ouassit à l'entrée du territoire thébain.

A l'origine ces places n'étaient point des cités, mais des camps, entourés de murailles hâtivement construites où il était possible d'entreposer les réserves et le butin, d'abriter dans des constructions légères ce qu'on n'emmenait pas à l'aventure de femmes et d'enfants, de parquer les captifs et les troupeaux razziés.

Dans l'esprit de Moulay Idriss II, la première Fès, celle de la rive droite n'eut, sans doute, à son établissement, que cet intérêt et c'est Narbonne qui joua ce rôle pendant le raid sur les gaules. Obéissant aux mêmes préoccupations, le mérinide Abou Yacoub construit en 1299 Mansoura devant Tlemcen qu'il assiège.

Ainsi peut-on concevoir qu'Abou Mohajir , qui a supplanté Okba, comme on fait sauter la citadelle qu'on évacue, détruise cet établissement qu'il craint de voir tomber aux mains des autochtones.

Mais Okba revient en 683 et reconstruit Kairouan. Alors, il se lance en avant, bouscule les berbères et les Roums réunis à Dagaï et à Tiaret, puis, en évitant les sièges et les batailles, atteint Septem. Là, il pactise avec le célèbre et mystérieux Comte Julien, passe au fil de l'épée ou capture les habitants de Tingis, s'élance vers l'Atlas par Oualili et Nfis, s'empare d'Igli dans le Sous.

Sur sa route, il se serait heurté aux Masmouda et aux Sehnadja mais aurait aussi profité du soutien des Zénètes déjà influencés par la conversion des Maghraoua.

L'expédition d'Okba apparaît comme une opération de reconnaissance. Il ne s'agissait pas encore de s'implanter, mais de rapporter des renseignements et du butin, de créer des intelligences.

Pourtant les Branès, les berbères transhumants peut-être travaillés par d'habiles influences, réagissent assez vite à cette nouvelle invasion de leur pays et une coalition commandée par Koçeila, chef Aouréba, assaille et tue à Tehouda, près de Biskra, le héros bédouin qui regagne Kairouan.

Koçeila resta pendant deux ans le grand chef du Moghreb, maître de Kairouan et de l'Ifrikya. Il périt au cours d'un combat acharné, livré en 686, près de sa capitale, à un nouveau chef bédouin Zoheir.

La main passe alors aux Zénètes, aux Djeraoua, nomades chameliers de confession mosaïque. Ils obéissent à une femme, la Kahena, laquelle infligera, en 688, au nord de l'Aurès, une défaite cuisante à Hassan ibn Nohman el Ghassani, gouverneur de l'Egypte. Elle tiendra le pays sous sa coupe pendant dix ou quinze ans – les sources arabes sont imprécises – mais ne pourra résister à une nouvelle offensive d'Hassan. Cette sorcière avait eu la révélation de sa défaite. Elle se jeta dans la bataille et y trouva la mort.

Sur son ordre, ses deux fils dont l'un était berbère et l'autre grec, dit El Kayan, ainsi que le bédouin Khaled, éphèbe d'une grande beauté, qu'elle avait adopté après sa victoire de la Meskiana, passèrent, avant le combat, dans le camp de l'adversaire. Ils fournirent au vainqueur douze mille combattants qui embrassèrent l'Islam et, joints aux bédouins, parcoururent le Moghreb pour y massacrer les Roums et les Berbères.

En 711, les Arabes seront suffisamment implantés en Afrique du Nord, pour se permettre d'entraîner les autochtones à la conquête des Espagnes et des Gaules.

Conclusion

Genséric et ses Vandales peuvent donc apparaître comme ayant été, deux siècles et demi à l'avance, les instruments du destin qui décida de l'islamisation de l'Afrique du Nord.

Ils peuvent être convaincus d'avoir préparé cet événement, d'abord en détruisant la solide armature sociale romaine et romanisée qui coiffait le pays, armature dont l'adaptation et l'influence suffisaient avec une gendarmerie réduite à le maintenir pacifié et prospère.

N'ayant pu se substituer à elle définitivement ni même temporairement d'une manière efficace, ils rompirent l'équilibre qui maintenait en harmonie la société sédentaire et la société nomade. Au Vème siècle le contrôle effectif de celle-ci échappa aux Byzantins. Au VIIème siècle ele s'imposa comme un fléau aux villes et aux plaines cultivées et les Roums, eux-mêmes se placèrent parfois pour éviter sa griffe cruelle, sous la protection arabe.

El Kayn fait dire à la terrible amazone attardée que fut la Kahena : « Les Bédouins recherchent les récoltes, l'or et l'argent. Nous n'avons, quant à nous, besoin que de pâturage. Détruisons donc les cultures et les cités, n'ayant plus rien à piller, ils quitteront le pays et nous en serons les maîtres ».

Il est difficile de découvrir jusqu'à quel point, elle put appliquer une telle politique. Certes, il restait encore, après elle en Afrique, les oliviers et des villes, mais cette Zénète, cette nomade de grand parcours, s'était aliénée les populations sédentaires. Lorsque ces populations furent victimes de ses méfaits, elles gratifièrent l'envahisseur d'un regard nouveau et plus sympathique.

En tous cas, elle soutint seule le combat contre Hassan tandis que les Branès transhumant Koseila, non point nomade intégral, mais demi-sédentaire avaient opposé à Okba, une coalition.

Genséric avait, d'autre part, largement employé les Berbères à de lointaines opérations de piraterie et le souvenir ne s'était point perdu dans les douars et sous les tentes d'une Europe fabuleuse riche en métaux précieux et en fer, en objets manufacturés, en vierges blondes aux yeux d'azur, choses les plus désirables qui soient au monde.

Lorsque Moussa ben Noceir, à son tour, recruta pour une expédition lointaine, ils répondirent d'enthousiasme à son appel et ce fut l'un d'eux Tahriq qui prit le commandement de son avant-garde et le premier débarqua en Bétique, en un lieu qui a conservé son nom : Jebel Tahriq, Gibraltar. Détachés brutalement du milieu traditionnel, transportés dans un monde nouveau, parfois accrochés en position critique, comment n'auraient-ils pas adopté les croyances d'entraîneurs dont le genre de vie ressemblait d'ailleurs si parfaitement au leur.

Enfin, Genséric, en important en Afrique Mineure, l'Arianisme avait, d'une part, ruiné l'influence de l'Eglise romaine et d'autre part, contribué à répandre la conception d'un monothéisme apparemment plus épuré et préparé ainsi les esprits à l'adoption du Coran.

Faut-il conclure pour autant que si les Vandales n'avaient point débarqué en Afrique, ce pays, à l'exemple de l'Occident européen se serait lentement mais sûrement et définitivement christianisé et que l'Islam aurait du renoncer à le conquérir ou du moins à le convertir ?

Poser la question ainsi c'est se demander avant tout, si entre 430, date de la reddition d'Hipone à Genséric et 700, celle de Carthage aux Arabes, l'Eglise d'Augustin aurait pu s'imposer à l'ensemble des populations disparates qui peuplaient l'immense territoire qui s'étend de Tripoli à Tanger et les lier en un bloc compact, animé à l'instar du peuple gallo-romano-franc, d'esprit déjà patriotique, base indispensable d'une défense efficace à la pénétration étrangère.

L'évangélisation des polythéistes aurait été certaine. On peut douter que celle des judéo-berbères ait été acquise en considérant combien de leurs communautés sont encore vivantes dans un pays généralement islamisé depuis douze siècles.

Opposer, en un front uni, la Croix au Croissant, comme à Poitiers, eut rendu, sans doute, la conquête impossible, ne défendre que par intermittence et en ordre dispersé, des intérêts particuliers, était souscrire d'avance à la défaite et à la soumission.

Il faut d'ailleurs se replacer dans le milieu et dans le temps pour bien juger et bien considérer que l'idéal patriotique, ressort principal de notre époque archi-nationaliste, ne pouvait guère avoir alors pour objet que la cité, la tribu.

Les Bédouins ne manquèrent d'ailleurs pas de pactiser, autant que faire se put, avec les autochtones. Comme les Vandales, ils étaient trop peu pour les détruire et les remplacer, comme les Vandales, ils les employèrent aux besognes administratives et les enrôlèrent.

Eurent-ils vraiment le souci de les convertir ? Ils avaient franchi les limites de l'Arabie par nécessité vitale, car ils leur répugnaient désormais de razzier leurs voisins devenus leurs frères par la religion.

Après avoir pillé et s'être installé ailleurs, ce qui leur importait avant tout était de prélever l'impôt et plus particulièrement sur les gens du Livre, les Chrétiens et les Juifs, la capitation, la « djizya ».

L'Islamisation de l'Afrique du Nord, œuvre très lente, fut réalisée par la succession des générations.

Les Almoravides et les Almohades, dans la première moitié du XIIème siècle employaient des milices chrétiennes et, d'après Ibn El Athir, ce fut Abd El Moumen qui força à l'apostasie ou martyrisa vers 1159 les derniers fidèles de l'Eglise de Carthage.

A Fès, dans le quartier de la rive droite, peuplé antérieurement à la fondation de Moulay-Idriss II, jusqu'à l'époque zénète, c'est à dire le début du XIème siècle, l'existence d'une certaine porte « Bab el Djiziyn» qui semble bien être celle que par pudeur et bienséance, on appela depuis « Bab el Hamra » laisse supposer quelle importance pouvait avoir encore, dans la cité, la population non convertie.

A l'exception près, les Bédouins, à qui le Coran n'imposait d'ailleurs que de prêcher les idolâtres, ne forcèrent pas les consciences. Ils apportèrent la Foi et, quand leur autorité fut effective, firent des privilégiés de ceux qui l'adoptèrent.

Le désir de conserver ou d'appuyer, sur le droit nouveau, la propriété foncière, celui d'échapper aux vexations et au fisc, celui d'accéder aux emplois et aux charges militaires, les mariages mixtes furent, sans nul doute, les causes déterminantes de beaucoup d'abjurations.

Mais, il est également certain que la pensée islamique séduisit l'élite cultivée parce qu'elle renouait avec la tradition punique. La Berbérie, surtout la Berbérie orientale était encore toute imprégnée des influences civilisatrices carthaginoises, donc phéniciennes, que Rome n'avait pas contrecarrées et que sa pénétration en profondeur avait plutôt propagées comme la présence française a permis la diffusion de la culture arabe.

Or, comme les Phéniciens, les Bédouins sont des Sémites. Cette origine commune implique des ressemblances et une affinité qui conduisirent à l'entente avec les punicisés et à leur assimilation.

Il est piquant de constater , avec Gautier, qu'en Numidie carthaginoise, on s'appelait volontiers Berek ou Abdo et qu'il fut aisé de devenir Embarek ou Abdalah et qu'aux noms théophores Annibal – faveur de Dieu -, Asdrubal – aide de Dieu – ont succédé les Deo Gratias et les Quodvultdeus puis les Abderaman et les Abdelkrim.

L'Islamisme dut aussi séduire les groupements encore primitifs de ce pays désertique ou subdésertique parce qu'i répond mieux que toute autre religion aux aspirations inconscientes mais profondes de ces groupes.

Dans un autre discours, j'ai exposé que les habitants des vallées copieusement arrosées, les Mésopotamiens et les Egyptiens notamment, étaient adaptes de religions qui par le truchement d'un Dieu immolé, enseveli et ressuscité, Adon, Mardouk ou Osiris reconstituaient et honoraient le cycle agricole annuel.

Ces hommes, dont la subsistance dépendait d'un travail assidu en rendant un tel culte à une divinité anthropomorphique s'incorporaient eux-mêmes dans la grande œuvre de la nature, se rendaient celle-ci favorable et parfois assuraient, en même temps, leur destinée future. C'était là le grand mystère de leur Foi.

Or, le christianisme est étroitement calqué sur ces antiques croyances. Le Christ, Dieu incarné qui souffrit l'ignominie et la trahison comme Osiris, fut couronné d'épines comme Adon l'était de verdure, mis en croix comme Attis sacrifié sous un pin, qui resta enseveli trois jours comme Mardouk et comme chacun de ces dieux ressuscita triomphalement pour le salut des hommes, le Christ qui fait participer chacun de ses fidèles à sa rédemption en s'incorporant à lui, le Christ qui a réellement vécu cette Passion, est bien la plus parfaite figure d'un Dieu qui répond aux aspirations profondes de populations laborieuses vivant courbées sur la glèbe. Quoi d'étonnant à ce que la religion qu'il a apportée se soit répandue sur l'humide Europe et qu'elle se soit maintenue, malgré la marée et la submersion islamique dans les parties du Croissant fertile qui le sont encore et où la pratiquent des centaines de milliers d'Arméniens, de Jacobites, de Maronites et de Coptes.

L'homme du désert a conçu, lui, le monothéisme abstrait. Son horizon n'est point limité. Le sentiment de la grandeur le pénètre et il prend conscience de n'être point à l'échelle de cette grandeur. Quoiqu'il fasse, il ne pourra rien pour soumettre les forces hostiles qui le menacent, il ne pourra rien pour tirer d'un sol brûlé autre chose qu'une maigre pâture pour sa caravane ou son troupeau. Le sentiment de sa faiblesse et de son impuissance le domine et il s'abandonne à la Fatalité et au-delà à un Dieu maître des destinées du Monde, à un Dieu inconcevable, plus grand que le Ciel et la Terre, Unique puisqu'il est Tout Puissant, ne pouvant avoir avec la chétive humanité, d'autre compromission que celle d'avoir créée, comme il a créé toute chose.

Ceci est la conception métaphysique de Jethro, pasteur du Sinaï qui la transmettra à Moïse. C'est également celle du prophète Mohammed, concrétisée par la plus répandue des oraisons islamiques El Amdullah, Louange à dieu, Deo Laudes bien différent du Deo Gratias des Chrétiens.

Dans le premier cas, nous découvrons un élan du fidèle vers Dieu, dans le second une incorporation qu'on pourrait qualifier d'utilitaire de la Divinité au fidèle.

Or c'est justement ce Deo Laudes qui était le cri de guerre et de ralliement des Donatistes, vagabonds chrétiens intransigeants jusqu'à l'absurde qu'Augustin combattit, et dont les fils, ayant embrassé l'Islam furent Kharedjites, c'est à dire d'intransigeants musulmans.

Nous découvrons donc là chez le Maure, une nette tendance à penser comme l'Arabe, tendance dont la cause profonde est la similitude de vie et d'habitat, tendance qui le mènera de l'adoration du bélier solaire Hammon, à celle du Baal-Hammon, Baal étant un progrès sur le soleil dans l'ordre spirituel puis à celle d'Allah l'Unique, le bélier devenant la victime à lui sacrifier rituellement chaque année.

Le Coran est aussi un code social bien séduisant, il règle d'harmonieuse façon les rapports entre les membres d'une même famille , entre Croyants, avec les Infidèles. Sous la réserve qu'il ne s'oppose point à la coutume sur laquelle il marque un grand progrès, son adoption est désirable.

De grandes affinités existent entre l'autochtone d'Afrique Mineure et le bédouin et c'est là qu'il faut surtout chercher la cause véritable de l'Islamisation facile et définitive de ce pays.

Si cet autochtone était chrétien, c'est de plus un sentiment de libération qu'il dut éprouver en adoptant l'Islamisme. En effet, le Christianisme tend à détacher ses fidèles de la condition humaine, à en faire des saints mieux, des vases d'élection, des anges dignes de recevoir Dieu en eux.

Il prêche donc la pénitence et la lutte contre les instincts vitaux, exalte la chasteté, n'autorise l'acte sexuel que dans le mariage monogamique et indissoluble et sous la réserve d'avoir l'intention de transmettre la vie, répute fautes graves, toute pensée impure, tout désir charnel.

Absorbés constamment par les soucis de l'existence, doués de mesure et de bonhomie, rassurés d'ailleurs par la ressource de la confession, bien des peuples pratiquent cette doctrine dans l'entière paix de la conscience.

Moins occupés et plus imaginatifs, leurs facultés génésiques influencés par le climat, une alimentation plus échauffante, vivant au milieu de femmes précocement formées et vite fanées mais dont la jeunesse explose, d'autres n'y parviennent que dans la perpétuelle angoisse de perdre le Ciel ou de gâcher leur vie.

Sur ce point encore Saint-Augustin, écartelé entre des passions et son désir de sainteté, l'amour qu'il porte à l'admirable petite compagne illégitime dont l'Histoire n'a pas retenu le nom, mais qui se sacrifiera noblement à son élévation et avec qui il conçut Adéotat et celui qu'il doit à l'irritante matrone que fut Sainte Monique, Saint-Augustin, qui pour se purifier embrasse le Manichéisme puis, ayant rencontré Ambroise de Milan et trouvé son chemin de Damas, combat cette doctrine avec une ardeur et une intransigeance toute manichéenne, Saint Augustin, harcelé par les démons, nous fournit de précieuses indications sur la psychologie d'une population qui, en ces lointaines époques, de son salut, cherchait la voie.

Elle a pu sincèrement la trouver dans le giron de l'Islam qui ne lui demandait plus que d'observer des prescriptions simplifiées : prières, aumônes, jeûnes, autorisait le divorce et une polygamie réglementée, la soustrayait à l'autorité cléricale, la libérait des controverses théologiques, lui rendait la paix de la conscience en extirpant d'elle la hantise du péché.

L'Africain pouvait rester théophore de nom et ceci satisfaisait sa mentalité empreinte de philosophie réaliste et platonicienne. Il cessait de l'être en fait, et d'emblée, retrouvait avec soulagement sa véritable condition d'Homme.

Enfin, le Coran qui reconnaît l'existence des Génies, tolérait ce qui pouvait subsister de cultes animistes et naturistes et ne s'opposait point à celui des saints. Il ne contrariait donc point dans une mesure raisonnable et admissible la tendance à l'incorporation de l'Homme à la métaphysique qui subsistait dans l'âme du planteur d'oliviers et du laboureur.

Voici quelques raisons qui peuvent incliner à penser que l'Afrique du Nord aurait, de toutes façons rallié l'étendard vert du Prophète. Faut-il en persistant à le qualifier « Fourrier de l'Islam », continuer à faire beaucoup d'honneur à Genséric ?

Dieu seul le sait !
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Kais GHOMRI

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MessageSujet: Le culte spermatique   Mer 10 Oct - 10:30

« Grâce à ce texte j’ai appris le sens d’un mot : Fourrier, que je ne connaissais pas et qui pouvait évoquer pour moi un tout autre sens, plus proche de fourrière .Ce texte évoque également un fait historique que j’avais appris dans le cours d’histoire du primaire sur les vandales ou Ouindales, وندال , comme on les dénomme en arabe. Cette fresque historique me fait penser également au film Gladiator avec ses combats et ses guerres acharnées.
L’évocation de l’Islam et du Coran par l’auteur à mon avis est apaisée, objective et « scientifique ». Loin des clichés éculés et des surenchères qui de nos jours sont en première ligne et rabâchées à longueur de journées par de soit disant savants et de pseudo spécialistes des deux camps qui tiennent le haut du pavé et pullulent comme les sauterelles dans tous les médias. Aucune voix ne s’élève au dessus de la leur.
En tout cas en tant que musulman, je suis charmé par cet historien qui n’a aucun préjugé et aucune intention de nuire et semble être débarrassé de toutes les idées préconçues sur l’Islam qu’il semble d’ailleurs connaître parfaitement
Dans le texte certaines expressions sont tout à fait surprenantes et bizarres comme : le Culte Spermatique, que je te demande mon cher Ouedaggai de bien vouloir nous expliquer. »
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GERARD

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MessageSujet: Re: GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord   Mer 10 Oct - 17:30

Y aurait-il donc un rapport quelconque entre Islam et Vandalisme ?
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ouedaggaï

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MessageSujet: Re: GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord   Mer 10 Oct - 21:09

Effectivement, l'association des deux termes culte et spermatique peut surprendre mais finalement ce qui est suggéré correspond à une certaine réalité.

Il y avait chez des Gnostiques adeptes de Basilide des pratiques rituelles dites “spermatiques”.

Certains auteurs ont rapporté le caractère licencieux de pratiques courantes chez certaines sectes. Ils accusent ces sectaires de n'avoir point de notion de vertu, de tourner en dérision la tempérance, et de rechercher avidement les jouissances corporelles.

On a relaté des agapes de gnostiques, chez qui la mise en commun des femmes n'était que le point de départ de pratiques hétérosexuelles ayant pour fin l'utilisation de sperme et des menstrues à d'étranges communions tandis que le rejet de toute procréation y faisait de l'avortement un rite complété, parfois, de la consommation du fœtus par les initiés.

Il faut bien entendu pour juger de la portée de tels rites tenir compte des mœurs au milieu desquels ces gnoses se façonnèrent et des explications d'ordre religieux proposées.

D'autres parts les sectes licencieuses ne représentaient pas une tendance fondamentale et dominante des doctrines gnostiques.

Il y avait un éventail d'attitudes morales allant de l'encratisme, le plus souvent proposé et qui condamne toute relation sexuelle non destinée à la procréation, à la licence délibérée de certains groupes selon lesquels on ne pouvait atteindre la perfection qu'après avoir consommé le vice.



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MessageSujet: Re: GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord   

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GENSERIC, Roi des Vandales. Fourrier de l'Islam en Afrique du Nord
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