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  Les Médersas par Henri BRESSOLETTE et Marcel VICAIRE

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ouedaggaï

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MessageSujet: Les Médersas par Henri BRESSOLETTE et Marcel VICAIRE   Mer 4 Juil - 20:43

Les Médersas

   Conférence d'Henri BRESSOLETTE,  le  20 mars 1938 aux « Amis de Fès »


  L'institution des Médersas n'est pas particulière au Maroc puisqu'il y en a eut bien avant en Syrie et en Egypte et que M. Van Bercheim a pu retracer son origine lointaine jusqu'en Perse. Au Maroc, elle n'est pas davantage le monopole de la dynastie Mérinide : avant eux l'Almohade Yacoub El Mançour en créa dans toutes les parties de son vaste empire aussi bien au Maghreb qu'en Afrique et en Espagne. Après les Mérinides, d'autres souverains édifieront des médersas, notamment Moulay Rechid, fondateur de la dynastie alaouite. Toutefois, dans ce cortège de fondations pieuses les médersas mérinides occupent une place à part, car ces créations mérinides sont de loin les plus nombreuses, les mieux conservées et incomparablement les plus belles. Fès en particulier a dans ses sept médersas mérinides les plus purs joyaux de sa parure millénaire.

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 Avant de retracer l'historique de cette splendide éclosion artistique du début du XIVe siècle, voyons un peu les caractères communs aux médersas.

  I- Les Médersas en général

  Qu'est-ce qu'une médersa ?

  L'architecture de la médersa répond à deux exigences :
     a) elle comporte le logement des étudiants dont l'entretien est assuré par la munificence du prince
     b) elle offre en même temps un local pour l'enseignement et la prière en commun.

  Par suite, le plan de toute médersa se répartit de la façon suivante, en trois parties :
     1) une cour centrale formant patio agrémenté d'une vasque ou d'un bassin, parfois des deux (comme à Sahrij)
     2) une salle de prières donnant sur cette cour et la prolongeant ; cette salle est pourvue d'un mihrab
     3) tout autour sont réparties les chambres pour les étudiants.

  D'une médersa à l'autre, l'importance de ces trois éléments peut varier :
     a) La partie réservée au logement des étudiants a tantôt un simple rez-de-chaussée (comme à Fès-Djedid), tantôt s'augmente d'un étage (comme à Sahrij) ou de deux (Mesbahiya) ou d'importantes annexes à Sahrij en plus des logements, il y a une médersa annexe : Sbaiyin et une maison d'hôtes, le Dar Habi Habasa qui était destiné, paraît-il, aux parents des étudiants.
     b) Comme édifice religieux, la médersa se réduit le plus souvent à un simple oratoire avec son mihrab – mais elle est parfois pourvue d'un minaret (comme à Fès-Djedid et à la Bou Anania) et il arrive même que certaines par l'importance de leur construction et aussi par l'attribution d'un minbar pour le prône du vendredi, prennent, comme la Bou Anania, rang parmi les mosquées-cathédrales.
     c) Pour ce qui est du local destiné à l'enseignement, toutes les médersas marocaines se différencient des médersas orientales d'Egypte et de Syrie en ce sens qu'elles ne prévoient que l'enseignement d'un seul des quatre rites orthodoxes de l'Islam. Ceci explique que l'enseignement se fasse dans la salle de prière qui suffit à l'enseignement de la seule jurisprudence malékite. Seul le plan de la Bou Anania pourrait répondre comme dans les médersas d'Egypte à l'enseignement simultané des quatre rites, mais cette imitation des dispositions du plan égyptien répond moins dans la Bou Anania aux nécessités du programme qu'au désir de faire grand et majestueux : à ce titre, la Bou Anania répond à l'ambition de son créateur qui, seul de sa race, osa se parer du titre prestigieux d'Amir el Mouslimin.

  Donc, la Bou Anania mise à part, le plan de toutes les autres médersas mérinides est invariable : un patio ouvrant sur une salle de prière, avec des logements autour. Vraisemblablement ce plan est d'importation orientale, car , écrit M. G. Marçais « dans le fait signalé par M. Bel que la première médersa mérinide fut construite sous la surveillance et apparemment sur les indications d'un cadi de Fès ayant fait ses études en Orient, il est permis de voir autre chose qu'une pure coïncidence. Toutefois, ajoute M. Marçais, la Berbérie pouvait d'autant mieux adopter des éléments orientaux qu'ils ne lui étaient pas complètement étrangers. Plusieurs types d'édifices anciennement connus dans le pays semblaient préparer l'élaboration de la médersa. Le premier est le ribat. Le ribat de Sousse, le mieux conservé, comporte en effet une cour rectangulaire entourée de galeries, sur lesquelles donnent deux étages de cellules, ces cellules étant remplacées à l'est par une salle de prières peu profonde. Au reste, le thème de la cour centrale, des galeries et des chambres n'était-il pas le plus familier aux constructeurs de l'Afrique du Nord et de l'Espagne ? C'était celui du fondouk. Le Caravansérail d'Occident : c'était dans une certaine mesure celui de la maison. La médersa, logis des étudiants semble avoir notamment emprunté à la maison privé cette entrée coudée qui isole la vie studieuse des hôtes de Seffarine, de Sbaiyine, d'el Attarin et de la Mesbahiya du tumulte de la rue » (G. Marçais « Manuel d'Art Musulman »).

  En visitant chacune de ces médersas nous étudierons sur place les particularités de leur construction. Pour l'instant embrassons l'ensemble de ces constructions mérinides.



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 Photographie Médersa BOU ANANIA (vers 1940)

  II.- Les Médersas Mérinides

  Parmi les onze médersas qui subsistent encore, Fès en possède sept à elle seule.

  Toutes ces médersas furent construites dans la première moitié du XIVe siècle, à l'exception de ma médersa Ceffarin qui date de la fin du XIIIe siècle. On ne peut donner de date plus précise pour cette médersa Ceffarin : tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle fut fondée par le premier sultan mérinide Abou Youssef Yacoub et antérieurement à 1285, car c'est dans cette médersa que furent déposées les 13 charges de livres du roi Sancho après la rencontre entre les deux souverains qui eut lieu le 21 octobre 1285. Un seul auteur, celui du Zahrat el As donne la date de 1271. Quoiqu'il en soit la médersa Ceffarin est la première en date des mosquées mérinides.

  A la fin du XIIIe siècle il y en eut une autre fondée vraisemblablement par me fils d'Abou Yacoub. M. Bel croit avoir retrouvé des fragments de revêtement de plâtre sculpté d'un fort beau travail appartenant à la médersa Lebaddin qui se trouvait près de la médersa Cherratin. Il est possible qu'il y en ait eu d'autres mais elles ne sont pas exactement mentionnées ni datées.

  Par contre les médersas du début du XIVe siècle sont toutes très exactement datées. On peut les répartir en trois groupes, correspondant chacun au règne des trois grands sultans, Abou Saïd, Abou Hassan et Abou Inan.

  Le premier groupe voit le jour entre 1320-1325 et comprend les médersas construites sous le règne d'Abou Saïd:
   a) La médersa de Fès-Djedid 1320 (Abou Saïd)
   b) La médersa Sahrij et annexe 1321-1323 (Abou Hassan) prince héritier
   c) La médersa Sbaiyin et annexe 1321-1323(Abou Hassan) prince héritier
   d) La médersa de Taza (un peu antérieure)
   e) La médersa Attarine 1323-1325 (Abou Saïd)
soit cinq médersas en cinq ans et quatre à Fès

  Le deuxième groupe est formé par les médersas d'Abou Hassan devenu sultan :
   a) La médersa de Salé 1341
   b) La médersa Mechaiya Fès  1346
   c) La médersa El Eubbad à Tlemcen 1346

  Le troisième groupe comprend les médersas qu'Abou Inan fit édifier de 1350 à 1355 à Meknès et à Fès.

  Ainsi si l'on met à part la médersa Ceffarin qui date de ma fin du XIIIe siècle, la construction des dix autres s'échelonne sur une période de 35 ans à peine entre 1320 et 1355. En dépit de l'exiguïté de cette période on sent une évolution très nette due à l'intensité  de la vie artistique et intellectuele de cette époque. Depuis la première en date de cette période, la médersa de Fès-Djdid, on peut voir leur décor s'enrichir en même temps qu'augmenter leurs dimensions : simple annexe de la mosquée-cathédrale au début, puisque les trois médersas s'élevèrent chacune auprès de la principale mosquées des trois villes de la capitale marocaine : Ceffarine près de la Quarawiyine, Fès-Djedid près de la Jamaâ Kébir, Sahrij près des Andalous, on voit la médersa devenir sous Abou Inan une véritable mosquée cathédrale, trait d'union pour l'appel à la prière entre Quarawiyine et la Jamaâ Kébir de Fès-Djedid.

  Floraison aussi variée qu'abondante puisque, comme le dit M. Terrasse dans ses villes impériales « dans le cortège des médersas mérinides, il n'est pas deux visages semblables : Seffarine et Sbaiyin, si ruinées qu'elles soient, charment toujours par leur pittoresque discret et leur élégance de bon ton. Mesbahiya avec son patio à deux étages serait d'une gravité un peu sévère sans le charmant décor qui à la porte de son minuscule oratoire semble jaillir d'une colonnette de marbre pour retomber en nappe de fleurs ; Attarine la plus secrète et la plus raffinée se montre audacieuse et follement riche dans son exiguïté. Sahrij mire sans fin une ornementation d'une pureté toujours classique dans l'eau calme d'un vaste bassin. La Bou Ananiya, la seule de ces médersas qui possède une chaire et un minaret, dégage une majesté toute royale ».

  Avec M. Vicaire comme guide nous aurons le plaisir de contempler successivement tous ces différents visages, tous ces aspects divers d'une même œuvre, la création d'une même époque, l'époque mérinide, car c'est la pensée commune des grands souverains mérinides qui forme l'unité de ces diverses fondations.


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  A quels mobiles ont obéi tous ces princes, Abou Yacoub, Abou Saïd, Abou Hassan et Abou Inan en fondant ces médersas ?

    1) D'abord le désir de mériter les faveurs d'Allah, de faire œuvre pieuse et agréable à Dieu, œuvre qui leur concilierait la bienveillance divine sur terre et leur vaudrait des faveurs dans l'autre monde. Toutes les inscriptions proclament cette intention hautement avouée de mériter la grâce divine, et il n'est pas douteux qu'elle fut sincère. D'autant plus sincère que comme je vous l'ai dit les Mérinides avaient conquis le  Maroc par la seule forces de leurs armes sans s'appuyer sur une idée religieuse.

  Par suite ils durent redoubler de zèle religieux pour acquérir ce prestige qui leur manquait. Dans leur pensée il n'est pas douteux que le marbre des inscriptions dédicatoires proclamaient à tous l'excellence de leur piété

    2) Cette fondation répondait aussi au désir de restaurer l'enseignement religieux et la science en général ce qui était un autre moyen de s'attirer la faveur divine. Quelle œuvre méritoire en effet que de faciliter les études en débarrassant de tout souci matériel ceux, qui élèves ou professeurs, s'y consacreraient ! A ce sujet, Abou Inan avait, paraît-il, conçu tout le quartier entourant la Bou Anania, comme un centre universitaire modèle. Des logements étaient réservés aux professeurs et même pour leur permettre de s'adonner entièrement à la science sans aucune préoccupation matérielle, un service officiel était organisé : tous les matins des domestiques appointés passaient dans les maisons pour s'enquérir des besoins des familles des professeurs, ceci afin de leur éviter tout tracas qui risquait de les distraire de l'étude désintéressée. Quoiqu'il en soi de cette organisation, il est un fait que l'institution des médersas contribua puissamment  à ranimer les études. L'acte de fondation de la première médersa proclama la nécessité de faire revivre la science religieuse oubliée. Plus que tous autres souverains les Mérinides en éprouvèrent la nécessité. En rétablissant la jurisprudence malékite proscrite par les Almohades qu'ils venaient de détrôner, les nouveaux souverains renforçaient leur prestige et renouaient par delà les Almohades avec la tradition des Almoravides. Comme ces derniers, ils s'entourèrent de juristes orthodoxes pour bien proclamer avec la victoire de l'orthodoxie malékite sur l'hérésie chiite, leur propre victoire sur les Almohades.

    3) Offrande agréable à Dieu, temple de la science pure, les médersas servaient aussi à renforcer la puissance politique des souverains, puisque cette puissance s'affermissait en fonction de leur prestige religieux. Elles servirent encore bien plus directement leur politique quand, aux médersas qu'ils avaient pourvues d'abondantes dotations, les souverains demandèrent des fonctionnaires pour leur maghzen. Pépinières de fonctionnaires officiels imbus de la doctrine officielle tels furent les reproches qu'adressèrent à cette institution certains esprits indépendants qui n'admettaient pas ce but proposé aux nobles études théologiques et qui condamnaient la servilité à laquelle l'appât des pensions conduisait les savants. L'un d'eux, El Abboli, n'alla-t-il pas jusqu'à déclarer que la construction de la médersa a consommé les ruines  de la science.

  Si l'on ne savait pas qu'il fut l'un des hommes les plus remarquables de son temps on pourrait voir dans cette attaque l'aigreur d'un candidat évincé à un poste important mais Julien Benda conviendrait je pense, que la trahison des clercs ne date pas d'aujourd'hui.

  Gardons-nous toutefois de transporter nos préoccupations terre à terre dans ces siècles d'ardente foi et d'ériger en  règle une exception de décadence. Pour ma part  je me refuse à croire que si les souverains qui édifièrent les médersas ne s'étaient proposés que des fins temporelles, ces édifices eussent jamais pu atteindre la perfection d'harmonie et d'équilibre que nous leur voyons. Ils respirent au contraire la spiritualité la plus pure et je suis sûr qu'Eupalinos, l'architecte des dialogues socratiques de Paul Valery ne les renierait pas pour ses créations mais les classeraient d'emblée parmi « les édifices qui chantent ». N'est-ce pas un chant qu'elles murmurent à l'âme éprise d'idéal ? Dès l'entrée les sculptures délicates des auvents nous avertissent qu'il n'entre point ici d'âme vulgaire ni frivole. Laissons à la porte avec la boue du dehors les pensers bas et les soucis vulgaires.
Dépouillons-nous par une progression insensible de notre substance matérielle et n'admirons plus avec les yeux du corps mais avec ceux de l'âme … Oasis de recueillement où la vasque seule murmure à l'âme sa « fluide chanson », « stable trésor », temple de paix sereine en sa rigidité, infinie richesse des mouvements de l'âme dans cette vision de Paradis, de l'âme dépouillée et nue dans la salle de prières, de l'âme flamboyante dans l'exubérance des vermillons et dorures du décor sur bois, quiétude adoucie des plâtres en grisaille, vertige d'infini par l'échappée dans le ciel bleu …
Comme nous vous évoquons ici dans ces médersas mérinides : extatiques contemplations de Saint Louis dans l'irisation ardente des vitraux de la Sainte Chapelle; élans mystiques d'une Sainte Thérèse dans son austère cellule d'Avila; colloques passionnés d'un Pascal avec l'infini, nous pouvons même retrouver dans les trois éléments de votre décor, la symbolique des trois grands ordres traditionnels.

  Tout en bas les mosaïques, prises dans la matière figurent l'ordre des corps; plus haut, à demi-détachée la vie multiples des esprits se révèle dans l'infinie variété de la finesse nuancée des plâtres; enfin tout en haut, dans la profusion des bois, dans leur générosité luxuriante apparaît l'intense richesse de l'ordre des cœurs qui s'élève par le rectangle canonique du patio à cette distance infiniment plus infinie dont parle Pascal ….

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Dernière édition par ouedaggaï le Mer 24 Juil - 21:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Le Décor des Médersas Mérinides    Mer 24 Juil - 21:44

Le décor des Médersas Mérinides

par Marcel VICAIRE

  (Le texte de cette étude, sur le décor des médersas mérinides, a été publié dans le Courrier du Maroc du 17 janvier 1950 ; il fait  suite à la reproduction dans le Courrier du Maroc du 10 janvier 1950, du texte de la conférence de Bressolette « Les Médersas » faite le 20 mars 1938 aux « Amis de Fès ».
  Le texte de Vicaire faisait partie de la même conférence de 1938 mais je ne l'avais pas encore retrouvé quand j'ai mis en ligne il y a un an la conférence de Bressolette.

  Après l'étude historique, voici l'approche artistique avec une étude « sur site » du décor de la Médersa Cahrij.


  « Les matériaux de construction employés par les architectes Mérinides sont la brique, les moellons, le bois, la céramique, le marbre et le bronze.

  Nous ne trouvons pas dans les médersas les beaux appareils de pierre comme ceux de l'époque Almohade à Rabat et Marrakech, ni comme celui de la Mosquée de Lalla Zhar que nous avons vu lors de notre promenade à Fès-Djedid

  Les briques servent à édifier les piliers, les murs intérieurs, les cloisonnements. Les murs extérieurs sont ici en briques et moellons disposés en lits superposés.

  Le bois lui, joue un grand rôle non seulement dans la construction même de l'édifice, mais aussi dans la décoration.
  C'est ainsi que toutes les parties supérieures de cette cour, traitées en bois sculpté, n'ont qu'un but purement décoratif.
  Ces poutres intérieures ornementées ne contribuent nullement à la solidité du bâtiment.
  Par contre , ces linteaux et ces corbeaux supportent effectivement les étages.

  La céramique est employée dans les lambris, le pavage et la construction du bassin qui remplace celui de marbre, dont vous a parlé Monsieur Bressolette.

  Le marbre, nous n'en voyons presque pas ici, nous le trouvons uniquement employé dans les colonnes de la salle de prières, la plaque de fondation Habous et la petite vasque qui alimente le bassin.

  Quant au bronze, il n'en est plus question : les portes de la médersa en étaient certainement revêtues ainsi que celles des médersas  Attarine et Bouanania et comme le montre la présence de nombreux clous disposés suivant un motif décoratif géométrique.
  Il est fort probable que de gros marteaux ajourés complétaient l'ornementation de ces battants.

  En ce qui concerne la décoration, ce sont les plâtres et surtout les bois qui doivent retenir notre attention.

  L'usage du décor sur plâtre remonte au IXème siècle en Ifrika et c'est au XIIIème et XIVème siècles qu'il a atteint son plein épanouissement, et tout particulièrement à Fès.
  C'est le premier quart du XIVème siècle qui a vu l'art marocain atteindre son apogée. La Médersa Cahrij en est indiscutablement un des plus beaux spécimens, avec la médersa Attarine que nous visiterons une autre fois.

  Je ne vous dirai pas dans le détail, la technique du décor sur bois ou sur plâtre ni de la mosaïque : vous avez vu les charpentiers et les ébénistes travailler avec leurs grands ciseaux, les décorateurs sur plâtre graver au stylet, les mosaïstes découper leurs carreaux à l'aide de marteaux bien affutés.
  Je voudrais seulement vous faire remarquer, que ce même décor qui paraît floral a pour base une construction géométrique ; que pour le plâtre, l'angle de vue détermine l'axe d'inclinaison des creux ; enfin, que sur le plâtre et le bois, on trouve des sculptures à plusieurs champs.

  Comme je vous le disais, il y a quelques instants, le bois atteint ici même, une profusion jusqu'alors inconnue :il ne faut pas le regretter, d'ailleurs, car ceux-ci sont d'une qualité exceptionnelle.
  En dehors des charpentes, employées dans la structure même du bâtiment, nous trouvons deux types : les bois sculptés et les bois tournés, tels ces moucharabiehs qui séparent les entrées latérales de la cour.
  Les panneaux comportent deux motifs différents, géométriques et asymétriques sur deux côtés de la cour.
  Les bois sculptés sont employés dans les consoles qui supportent les toitures, les frises, les linteaux et les corbeaux.

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Photographie prise en juin 2008 : Médersa Sahridj . Différents types de décors

    Trois types de décors

  La médersa Cahrij comporte trois types de décors, épigraphique, floral, géométrique.

  - Dans les monuments antérieurs connus, les décorateurs n'avaient jamais employé l'épigraphie avec une telle profusion.
  Ici il y en a partout, sur le plâtre et sur le bois, depuis le haut de l'édifice jusqu'en bas.

  Tantôt ce sont des caractères cursifs andalous comme dans cette frise supérieure où est inscrite cette phrase du Coran : « Aoudou billa men chitane er Rajim » ( Je me réfugie auprès d'Allah contre Satan le lapidé).
  Ces caractères cursifs sont aussi dans les encadrements des fenêtres où, hélas, les mauvaises restaurations faites jadis, n'ont pas respectées les inscriptions sur deux lignes superposées comme l'on peut en voir encore dans la partie ancienne ; caractères cursifs enfin sur les piliers.

  Tantôt ce sont des caractères coufiques particulièrement beaux et bien plus riches  que les caractères Almohades.
  Ces inscriptions coufiques sont de deux types : celles qui sont géométriques sur un axe vertical, c'est à dire que les mots qui se lisent de droite à gauche, peuvent aussi se lire de gauche à droite telle cette inscription « el iouma » (félicité).
  Le second type comprend des inscriptions continues, ainsi que sur ces très beaux linteaux et la frise de plâtre des piliers.
  Les hampes des alifs et des lams ainsi que de toutes les lettres finales sont d'une élégance extrême
et se terminent par de jolis fleurons.

  Si Lahdar va vous donner la traduction des différentes inscriptions relevées ici et, qui sont souvent des versets du Coran. Mais nous ne trouvons pas d'inscriptions laudatives, comme nous en verrons dans d'autre médersas, bien entendu en dehors de la plaque de fondation Habous.

  - Décor floral. Qu'il s'agisse de panneaux réguliers, comme arcatures, tympans ,frises ou lambris ou de panneaux comme les écoinçons, l'entrelacs symétrique se développe de part et d'autre d'un axe ou bien alors le décor est à répétition, soit dans des réseaux de losanges, soit simplement juxtaposé.

  Lorsque le décor est symétrique sur un axe, cet axe est marqué généralement au centre par une palmette, une coquille ou une rosace.
  Les palmes, palmettes et fruits que les artisans décorateurs ont exécutés ici avec un relief rare, sont déjà une simplification de ces mêmes éléments employés antérieurement : ils ont tendance à s'éloigner de plus en plus de la nature, ce qui d'ailleurs n'est pas étonnant, puisque les artisans recopient sans cesse ce qu'ont fait leurs prédécesseurs.
  Qui dit copie, dit déformation.
  Les palmes les plus courantes sont les palmes à deux lobes souples et les palmes à lobe unique, souvent implantées dans une sorte de calice.
  Certaines de ses palmes sont lisses, d'autres sont encore ornées de nervures. Parfois on y trouve de petits oeillets.
  Toutes ces palmes sont dérivées de l'acanthe.
  J'aurais sans doute l'occasion de vous montrer les différentes phases de cette transformation.

  Outre ces palmes à un ou deux lobes, vous voyez une certaine quantité de palmettes creuses dérivées de la coquille.

  Enfin les fruits, parfois perforés de trous, semblent bien vouloir représenter des pommes de pin.
  Certains archéologues y voient la déformation de grappes de raisin que l'on a pu relever dans certains monuments musulmans, du IXème siècle, à Kairouan par exemple.
  Je crois qu'ici cette question n'est pas discutable.

  - Pour terminer, le décor purement géométrique est fourni par les zelliges où vous voyez une profusion d'étoiles à huit branches, séparées par un entrelacs blanc.
  Vous voudrez bien remarquer combien sont heureux ces petits bandeaux de merlons et surtout les deux motifs qui se trouvent aux deux extrémités du grand bassin et le petit carré, devant la salle de prières, d'une tonalité charmante.

  Avant de quitter cette médersa, je voudrais que vous puissiez l'imaginer, telle qu'elle était lors de la construction, c'est à dire entièrement enluminée de haut en bas, bois et plâtres. Vous voyez encore quelques traces de peintures, dans les frises, les plafonds et les solives qui témoignent de l'habileté et du sens décoratif que possédaient les artisans mérinides ».

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Photographie de la Médersa Sahridj vers 1929-1930 ( service photographique de la Résidence générale)
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