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 ARCHIVES D'ETAT ET ARCHIVES DE FAMILLES AU MAROC

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ouedaggaï

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MessageSujet: ARCHIVES D'ETAT ET ARCHIVES DE FAMILLES AU MAROC   Dim 17 Juil - 22:32


Conférence de Jean-Pierre BUSSON, architecte en chef du Protectorat, prononcée le 21 avril 1955 devant les « Amis de Fès ».

La dernière partie de cette conférence qui évoque le sauvetage des archives familiales ou privées aura une résonance particulière pour certains d'entre nous ......

Je ne sais pas si à la suite de cette conférence des actions ont été entreprises ..... 1955 n'a probablement pas été la période la plus propice pour sauver les archives ! ni la priorité ......

Si un Comité de sauvegarde des Archives a vu le jour, j'espère que ce ne sont pas les "Amis de Fès" qui avaient la garde des archives car pour l'instant on ne retrouve pas la trace de leurs propres archives !!

Bonne lecture et que cela conforte nos initiatives pour la sauvegarde de nos documents sur le Maroc ! " Si on ne peut reconstituer ce qui a disparu, ce qui a été détruit, on peut conserver ce qui existe et rassembler ce qui est épars" pour reprendre une phrase de JP Busson

« Le mot archives évoque la poussière et l'ennui, ou n'évoque rien. Mais dans ce siècle où l'on comprend de plus en plus que tout est histoire, déroulement sans fin, que tout coule comme l'eau du fleuve où se baignait jadis le vieil Héraclite, l'histoire s'insinue peu à peu partout : histoire des concepts qui semblent les plus enracinés, les plus permanents, histoire de l'Histoire même ».


Par cette série d'expressions si heureuses, la Direction des Archives de France, dans une petite brochure de vulgarisation dont la rédaction a été inspirée par son chef actuel, l'écrivain Charles Braibant, exprime fort bien les rapports très étroits qui unissent les archives à l'Histoire. D'un langage où la poésie n'est pas absente, ces lignes aident à dissiper l'équivoque fâcheuse, à détruire le préjugé favorable qui porte au découragement, voire même au dégoût, quiconque aborde pour la première fois les archives.

Que représente d'abord cette dénomination : archives? C'est un mot qui vient, par l'intermédiaire du bas-latin archivum ,du grec ραειον qui signifiait "résidence des principaux magistrats". Employé exclusivement au pluriel français, archives à pris, dès le Moyen âge, deux sens : celui de réunion de documents écrits de toute nature, de toute origine, mais ayant un caractère certain d'authenticité. De ce premier sens est dérivé le second et « archives »désignent également le local, simple pièce ou immeuble où sont déposés ces documents. En langage technique et administratif on donne la dénomination de "dépôt d'archives" ou plus simplement de "dépôt" au local où sont réunis les documents ayant ce caractère.

Réunion de documents écrits les archives sont aussi vieilles que l'écriture et elles apparaissent avec les premières lueurs de la civilisation : leur histoire se confond ainsi, bien souvent, avec l'histoire même de la civilisation. Parmi les plus anciennes qui nous soient parvenues, par fragments d'ailleurs, nous avons les tablettes d'argile revêtues de caractères cunéiformes que l'on a retrouvées dans les ruines du palais du roi assyrien Assurbanipal.

Nous savons aussi, d'après des témoignages historiques certains, que les Phéniciens eurent des archives ; les Grecs également. La Jérusalem hébraïque en possédait de très riches mais elle les perdit lors du sac de cette ville par les soldats de Titus, fils de l'Empereur Vespasien, l'an 70 de l'ère Chrétienne.

Rome, si elle ne respectait guère les archives des peuples qu'elle soumettait à sa loi, avait le culte des siennes; elle sut en organiser la conservation avec une heureuse méthode; le temps cependant ne nous a guère transmis de documents de cette époque mais tous frappent vivement l'imagination et nous avons tous présent à l'esprit le souvenir des manuscrits sur papyrus, des tablettes de cire, des diplômes de bronze reproduits dans nos manuels d'histoire ancienne. Certains de ces documents ont subsisté et nous sont révélés par les fouilles entreprises dans les pays où l'empire romain étendit sa conquête.

Ainsi au Maroc à Volubilis, à Banasa, à Chella, on a découvert des documents sur bronze - tables de patronat ou diplômes militaires- qui sont les premières archives de ce pays.

Mais l'empire romain d'Occident devait disparaître et les royaumes barbares qui lui succédèrent en Europe ne purent maintenir la tradition de Rome en matière d'archives. Dans ce domaine, comme dans les autres, la disparition de l'unité impériale fut néfaste et, avec la régression de la civilisation, marqua l'histoire.

Chaque roi conservait ses propres archives auxquelles il attachait un grand prix : il ne s'en séparait jamais et, dans
chaque déplacement que les obligations de sa politique ou les hasards de la guerre l'obligeaient à entreprendre, elles le suivaient. Pendant des siècles cette politique se maintint dans la chrétienté médiévale bien que cela ne fut pas sans danger pour les documents de parchemin ainsi transportés dans des coffres à dos de mulets. A la fin du XII° siècle cependant un événement militaire fort peu glorieux amena les rois de France à renoncer à cet usage. En 1194 Philippe-Auguste, le roi capétien que l'histoire place dans la catégorie des vainqueurs grâce au combat de Bouvines en I2I4 - Philippe-Auguste donc, en l'année II94, quelques mois avant la grande victoire que son contemporain le sultan almohade Yakoub el Mansour devait remporter sur les Castillans à Alarcos, fut battu à plat de couture à Fréteval par les troupes du roi d'Angleterre, Richard Coeur de Lion. Totalement défait le roi de France échappa à grand peine à son ennemi, et dans la déroute de son armée et son désarroi, il dut, pour sauver sa personne, abandonner à l'Anglais "armes et bagages" et, parmi ceux-ci ses archives et son sceau qui y était joint, ce sceau qui était le symbole de la majesté et de la puissance royale.

Philippe-Auguste sut tirer la leçon de cette triste et peu glorieuse aventure, et , désormais, les archives royales cessèrent d'être vagabondes : le roi renonça à les joindre à ses bagages lors de ses déplacements. Elles furent déposées dans son palais parisien, le Louvre et soigneusement surveillées: elles étaient placées dans ces coffres qu'en vieux français on appelait "layettes", et elles sont à l'origine du fameux "Trésor des Chartes" que Saint- Louis, petit-fils de Philippe-Auguste transféra à la Sainte Chapelle. C'est ainsi que ce fonds si précieux nous est parvenu, pour ainsi dire, dans son intégrité et aujourd'hui encore, aux Archives Nationales dont il forme le noyau originel, l'assise la plus vieille, il est toujours désigné sous ce vocable archaïque et pompeux de "Layettes du Trésor des Chartes ".

Aux siècles où l'art gothique naissait et s'épanouissait chez eux, les Rois de France avaient aussi donné un exemple pour la conservation des archives : à leur suite les monarques de la Chrétienté médiévale constituèrent des dépôts d'archives qui furent l'amorce des grands dépôts nationaux actuels. Je n'en citerais qu'un exemple : au Portugal dès la fin du XIV° siècle , à Lisbonne, les archives royales furent rassemblées dans une tour dite "Tour du Registre", "Torre do Tombo".

De même qu'en France le nom de "Layettes du Trésor des Chartes" est conservé, celui de "Torre do Tombo" s'est maintenu jusqu'à nous bien qu'elles ne soient plus, et de longue date, conservées dans cette « Tour du Registre»;les archives royales du Portugal- ce fonds si riche où notamment abondent les documents concernant le Maroc du XV° siècle - sont dites les archives de "Torre do Tombo".

En France, donc, dès la fin du XII° siècle, des archives centrales étaient constituées : mais à côté , Paris et le royaume foisonnaient d'innombrables archives, de "chartriers" disait-on. Parmi ceux-ci figuraient en tête les chartriers des établissements religieux, les monastères qui étaient fort riches. Possédant des privilèges de toute nature, des domaines fonciers importants provenant de concessions, de donations royales ou particulières, ces établissements conservaient avec soin les actes par lesquels ces privilèges leurs étaient octroyés ou ces domaines concédés : c'était leurs titres de propriété. De puissantes abbayes, Saint-Germain des Prés à Paris ou Saint Denis, sépulture des rois de France possédaient ainsi des biens considérables qu'elles administraient elles-mêmes : à leurs titres de propriété se joignaient donc les actes de leur administration. Ces groupes de documents conservés et classés constituaient les chartriers monastiques d'une importance considérable mais dont le caractère restait privé.

Les siècles marchèrent et, avec la Révolution Française, les privilèges disparurent et , du même coup, parfois les
archives. Symboliquement en effet quelques feux de joie furent allumés avec les titres féodaux. Mais la majorité des documents furent épargnés et l'oeuvre de la Révolution ne fut pas, en matière d'archives, aussi destructive que les apparences ne le feraient supposer. Au contraire, c'est de cette époque que date l'organisation moderne des Archives de France. C'est alors que de nombreux fonds privés, principalement ceux des établissements religieux qui venaient de disparaître , ces chartriers monastiques d'une exceptionnelle valeur, furent réunis aux archives de l'Etat et, si l'on peut dire, incorporés au patrimoine intellectuel de la nation.

L'ancien dépôt central de la monarchie fut maintenu et développé; l'ayant considérablement accru, la Révolution lui donna ce nom des "Archives nationales" qu'il devait conserver. Napoléon leur assigna pour cadre provisoire le somptueux palais des Princes de Soubise où elles furent installées en 1808 : elles y sont encore aujourd'hui, cent quarante six ans après cette décision sans doute pour ne pas faire mentir le proverbe qui veut qu'en France il n'y ait que le provisoire qui dure.

Parallèlement aux Archives nationales à Paris, la Révolution créa en province, dans le nouveau cadre qui venait d'être
institué, celui des départements, les archives départementales : dans chaque chef lieu de département un local leur fut affecté, généralement dans le voisinage de la Préfecture : celle-ci était en effet destinée à alimenter presque exclusivement les jeunes archives départementales.

Le XIX° et le XX° siècles ne firent que poursuivre l'oeuvre si créatrice, en cette matière, de la Révolution : peu à peu les Archives furent dotées , à Paris et en province, d'un personnel spécialisé recruté dans le corps des archivistes-paléographes. Formés aux disciplines historiques et administratives de l'Ecole des Chartes, créée en I82I, ceux-ci se consacrèrent d'abord à la publication des textes qui permit de préciser l'intérêt primordial des archives en matière historique.

C'est en effet l'époque où l'utilisation du document d'archives comme source essentielle de l'histoire s'imposa : elle contribua, dans une très large mesure, à la création d'une science, d'une méthode historique qui s'élabore en Allemagne et en France. L'Europe entière et l'Amérique angle-saxonne et latine prirent la même conscience de cette valeur historique des archives, et, là aussi, la conservation en fut organisée.

Bien des pays cependant ne suivaient pas ce mouvement et, parmi eux, ceux d'Islam restèrent en marge de cette évolution. C'est pourquoi, dans ce domaine, l'influence française ne devait pas manquer d'être utile.

Dans l'Algérie de 1850, la «Régence d'Alger » il n'existait pratiquement aucun fonds d'archives de caractère ancien:
des dépôts à l'échelon du gouvernement général et des trois départements d'Alger, de Bône et de Constantine , furent rapidement organisés. Ce sont aujourd'hui les plus riches d'Afrique.

Cinquante ans plus tard, à Tunis, la même situation se présentait : des archives dans un incroyable désordre. C'est
pourquoi, quelques jours après la signature du traité du Bardo, Son Altesse le Bey nommait, sur le conseil du Résident général un archiviste. Celui-ci, Mohamed Kharoui, s'attacha aussitôt à un travail de regroupement des plus méritoires qui lui permit de constituer un dépôt de documents épars, souvent anciens de plusieurs siècles, qu'il dut rechercher dans les greniers, dans les écuries et même, dit-on, dans des lieux encore plus humbles et plus inattendus des palais beylicaux.

Au Maroc, dès notre arrivée, le problème des archives fut évoqué. Y-a t-il des archives au Maroc ? Depuis plusieurs
années cette question était posée par un grand islamisant français que le passé historique du Maghreb, particulièrement du Maghreb el Aqça passionnait. Il s'agit du colonel de Castries, Henry de la Croix de Castries dont le nom et l'oeuvre ne sont peut-être pas assez connus des Marocains et des Français du Maroc. Il appartenait à une grande famille qui depuis plusieurs siècles s'illustrait dans la carrière des armes en France et Outre-mer et il y a un peu plus d'un an, le nom d'un autre colonel de Castries était sur toutes les lèvres en France et au Maroc - Henry de Castries, né en 1850, était arrivé en 1873, jeune lieutenant, en Algérie où, officier des affaires musulmanes , il devint très vite un grand arabisant : compagnon d'armes et ami de Charles de Foucauld et du Maréchal Lyautey, après avoir effectué de remarquables travaux cartographiques en Algérie et au Maroc – à cette occasion il avait d'ailleurs été chargé de présenter une magnifique carte de l'empire chérifien au Sultan Moulay Hassan à Marrakech en 1885 - il s'était consacré à l'élaboration d'une oeuvre très vaste,la publication des "SOURCES INEDITES DE L'HISTOIRE DU MAROC" A: il se proposait d'y recueillir les textes anciens inédits ou très peu connus relatifs au passé du Maroc : entre I905 et 1912 six tomes avaient paru mais - faute de pouvoir travailler au Maroc même et d'y rechercher des documents- ils ne contenaient que des textes provenant des archives et des bibliothèques d'Europe. Désireux d'y joindre des documents d'origine marocaine, le Colonel de Castries, aussitôt connue la nouvelle de la signature du Traité de Fès, se rendait au Maroc, où l'appelait d'ailleurs comme conseiller " son élève et son ami" comme il s'intitulait lui-même, le Général Lyautey.

Le premier juin 1912 il était présenté à Sa Majesté Moulay Hafid par le Général Lyautey, nommé résident depuis quelques jours. Afin d'intéresser le souverain à ses projets il lui offrait une collection de reproductions photographiques de documents émanant des sultans saadiens dont les originaux étaient conservés en Europe. Le souverain-poète Moulay Hafid manifesta un intérêt très marqué pour ces documents dont il ne soupçonnait pas l'existence : il se montra en effet étonné que d'aussi anciens papiers aient pu se transmettre jusqu'à nous. Mais cet étonnement fut beaucoup plus grand lorsque le Colonel de Castries demanda quelques renseignements sur les archives chérifiennes. Moulay Hafid put seulement déclarer- et je cite les propres paroles de son interlocuteur- qu'il n'avait jamais entendu dire que " ses prédécesseurs eussent pris des mesures pour assurer la garde de la correspondance officielle. A peine emportaient-ils à la Méhalla quelques récentes lettres auxquelles on prévoyait qu'on aurait à répondre. Lorsque ses prédécesseurs auraient besoin de se référer aux clauses d'un traité un peu ancien; ils trouvaient plus simple de s'adresser à la légation de la puissance intéressée pour en avoir une copie .

Ainsi comme les premiers rois de France, les souverains capétiens, les sultans du Maroc du XIX° siècle emportaient
dans leurs éternels voyages les archives dont ils pouvaient avoir un besoin immédiat. Comme celles de ces rois les archives chérifiennes étaient vagabondes et soumises aux mêmes dangers : c'est ainsi qu'en 1844 nous verrons le prince impérial Sidi Mohammed, tel Philippe-Auguste à Fréteval, perdre ses archives lors de la défaite de l'Isly plus connue au Maroc sous le nom de bataille de BOU ARAOUA et abandonner aux soldats du maréchal Bugeaud la correspondance confidentielle et les instructions secrètes que lui adressait son père le sultan Moulay Abderrhaman.

Au Maroc, comme en Tunisie la France avait donc, entre autres missions, celle d'organiser les archives mais c'était au Maroc une tâche particulièrement complexe et si, au point de vue des archives françaises il fut possible de mettre en place une organisation assez satisfaisante pour constituer un véritable service, au point de vue des archives locales, bien des difficultés se présentèrent qui ne sont que partiellement résolues.

En ce qui concerne les archives françaises, c'est au Colonel de Castries, dont je vous parlais il y a quelques instants, que revient le mérite d'avoir créé un service d'archives au Maroc. Dans les premiers mois de l'année 1914 , celui-ci, qui venait d'être nommé conseiller historique du Gouvernement chérifien, présenta un minutieux rapport sur l'organisation de ce service, mais la Grande Guerre éclata peu après et le projet fut mis en attente pour plusieurs années. Lorsqu'il fut repris, le Résident, le Général LYAUTEY décida d'organiser provisoirement un dépôt d'archives historiques et administratives dans le cadre de la Bibliothèque Générale du Protectorat qui venait d'être créée. Mais le dépôt ainsi constitué resta très embryonnaire pendant plusieurs années; il ne comprenait guère qu'une petite collection de caractère historique composée en fait, presque exclusivement, de reproductions photographiques de documents arabes..

Vers 1925 seulement, quelques services résidentiels versèrent à ce dépôt des papiers provenant de leurs bureaux: c'était l'origine des Archives du Protectorat et il devenait urgent de réglementer le mode de versement des documents administratifs; c'est pourquoi le Dahir du 1er Novembre 1926, qui organisait la Bibliothèque Générale du Protectorat, lui donnait, entre autres attributions "la conservation et la communication des archives ". Par ailleurs ce même texte prévoyait que devaient y être versés les documents d'archives ordinaires des Directions et Services de la Résidence Générale ou de l'administration chérifienne ayant dix ans de date".

L'administration, dans son ensemble, se conforma à ce paragraphe du dahir et les différents services résidentiels, opérèrent de nombreux et importants versements,- dont je vous épargne la nomenclature - surtout entre I932 et I939. La guerre marqua un temps d'arrêt; par ailleurs le texte de I926 s'avérait, avec le recul du temps, trop draconien et plusieurs directions, invoquant des arguments très valables, estimaient qu'elles ne pouvaient se séparer systématiquement de leurs archives, notamment des dossiers dits "de principe" lorsqu'elles avaient plus de dix ans. Pour remédier à cette difficulté , une instruction résidentielle, promulguée le 4 Décembre I954, tout en rappelant aux administrations cette obligation du versement de leurs papiers aux Archives du Protectorat, leur prescrit simplement de s'en séparer lorsqu'elles n'en-ont plus un besoin constant. Nous ne sommes qu'à quelques mois de la diffusion de ce texte et déjà des résultats très intéressants ont été obtenus.

Mais parallèlement, et indépendamment, de ces versements de caractère administratif dont nous ne pouvons que rarement encore apprécier l'intérêt historique , des dépôts d'une valeur historique considérable étaient effectués aux Archives du Protectorat. En I929, sur l'initiative de l'ambassadeur de France, François CHARLES- ROUX, le Ministère des Affaires étrangères acceptait de déposer aux Archives du Protectorat à Rabat la presque totalité du fonds ancien de la Légation de France au Maroc, conservé jusque là au Consulat général de France à Tanger. Cela représentait I72 registres et 200 cartons ou liasses dont les pièces les plus anciennes remontaient à I767, date à laquelle fut créée une représentation consulaire permanente : aucun document dans cette série n'est postérieur à la Conférence d'Algésiras.

L'essentiel de ce fonds est constitué par la correspondance des consuls généraux et des ambassadeurs de France au Maroc avec le Ministre des Affaires étrangères, les consulats français de la côte marocaine et les autorités chérifiennes ; c'est donc la source capitale pour l'étude des relations politiques et économiques de la France et du Maroc de la fin du XVIII° siècle au début du XX° siècle. Bien des dossiers joints à ces correspondances intéressent le Maroc lui-même, sous tous ses aspects,pendant la même période.

Très heureusement les archives des anciens consulats, disparus peu après l'instauration du Protectorat vinrent rejoindre à Rabat les archives de Tanger ; c'est ainsi que nous avons celles des ports de Mogador, de Casablanca, de Rabat, de Larache, de Mazagan et même de FES.

Déjà utilisés pour quelques études historiques, ces archives sont cependant encore peu connues et offrent un champ presque neuf à la recherche.

Enfin, depuis la création du service, les conservateurs et les archivistes se sont efforcés de constituer soit par voie d'achat, soit en sollicitant des dons, une collection de documents concernant directement l'histoire du pays. C'est ainsi que parmi les acquisitions anciennes on peut noter les pleins pouvoirs du Comte de Breugnon, chargé de mission à Marrakech en l767, signés par Louis XV et contresignés par Choiseul-Praslin; la "beira c'est à dire la proclamation et la ratification de l'avènement de S.M. Moulay Abd-el-Aziz; le minuscule carnet sur lequel Charles de Foucauld, déguisé en rabbin et parcourant le Maroc en I883, notait furtivement ses observations. Parmi les récentes, un mémoire du Chevalier de Clerville ayant trait au Maroc annoté de la main de Turenne; le manuscrit autographe et original de "Rabat ou les heures marocaines " de Jérôme et Jean Tharaud; deux lettres inédites de Delacroix dont l'une écrite de TANGER - et , parmi les documents en arabe, une très précieuse généalogie des chorfa Kadiriine.

C'est ainsi qu'en moins de trente ans les Archives du, Protectorat sont devenues assez riches pour, comme beaucoup d'autres institutions, faire honneur au Maroc. D'ailleurs depuis 1952 un bâtiment spécial, construit à leur intention, parmi ceux de la Bibliothèque Générale, leur est affecté où, indépendamment d'un dépôt équipé de la manière la plus moderne, les chercheurs peuvent aisément travailler dans une salle - qui à l'occasion sert de salle de conférence ou d'exposition - ayant à leur disposition une bibliothèque où ils peuvent trouver, avec les livres usuels de l'Islam, tous les ouvrages concernant le Maroc de la fin du XVI° siècle au début du XXème. Enfin l'existence d'un laboratoire photographique permet de rendre les plus grands services dans le domaine des archives.

En m'excusant de m'être si longuement étendu sur les archives françaises au Maroc, peut-être parce qu'elles me sont trop familières, je passe aux archives proprement marocaines. Tout d'abord y-a-t'-il des archives officielles marocaines. C'est revenir à la question qui préoccupait le Colonel de Castries et à laquelle nous avons vu que S.M. Moulay Hafid répondait pratiquement par la négative. De fait on apprit assez rapidement qu'il en existait.

A Tanger en effet un fonds uniforme très important se trouvait au Dar-en-Nabia dans les bureaux du Naîb ; le naîb
était le ministre délégué par le Sultan à TANGER, qui depuis le milieu du XIX° siècle, était désigné pour traiter et communiquer avec les représentants des puissances chrétiennes qui résidaient dans cette ville; les titulaires de cette charge de 1860 à 1912, furent successivement : Mohammed El Khatib, Mohammed Bargach, Mohammed Torrès et Mohammed Guebbas , qui sont de grands noms du vieux Maghzen : c'est pourquoi il est important que leurs papiers soient parvenus jusqu'à nous. En outre dans les palais de Rabat, de Fès, de Meknès,,et de Marrakech, se trouvaient des séries de registres des correspondances chérifiennes et des liasses de documents représentant la correspondance reçue par les Souverains.

Entre 1916 et 1920, en conformité avec l'esprit nouveau qui était alors celui de la centralisation, tous les documents
provenant de Tanger ou des résidences impériales, furent groupés à Rabat et installés dans d'assez bonnes conditions au
Dar el Maghzen dans des locaux qui leur furent affectés au Grand Viziriat.

C'est à Son Excellence le Grand Vizir en effet qu'était officiellement dévolue la garde des archives de l'empire ; dans ces conditions plusieurs fonctionnaires, marocains ou français, de la Direction des Affaires Chérifiennes furent amenés à classer et à sommairement inventorier ces archives du Maghzen. C'est un fonds assez homogène et numériquement important mais dont les pièces les plus anciennes ne remontent qu'aux dernières années du règne de Moulay- Slimane. La plus ancienne date, je crois me rappeler, de I8I9 (1254 de l'hégire). Ainsi très paradoxalement elles se trouvent être moins anciennes que les archives historiques françaises au Maroc qui remontent à I767. Mais elles n'en sont pas moins intéressantes quoique moins bien connues. C'est en effet toute la politique chérifienne du XIX° siècle qui y apparaît et les personnalités des trois sultans Moulay Abderrahman, Sidi Mohammed, Moulay Hassan qui s'y révèlent à travers les correspondances que leur adressaient les khalifas de Marrakech et de Fès, le naîb de Tanger, les caïds, les oumanas des douanes ou des droits de porte ; pour ne donner qu'un exemple on y retrouve des séries de lettres adressées à Moulay Abderrhaman par Abdelkader pendant la conquête de l'Algérie par les Français qui permettront sans doute de renouveler à bien des égards l'histoire de cette conquête. D'autre part on y trouve d'innombrables documents de caractère financier qui,du point de vue de l'histoire économique, présentent un immense intérêt.

C'est pourquoi, il est réconfortant de penser que depuis quelques semaines, à l'occasion de l'installation du Grand Vizirat, dans de nouveaux locaux, ces précieuses archives sont en cours de réorganisation dans un cadre moderne et approprié sous le contrôle technique du conservateur de la Bibliothèque Générale et des Archives du Protectorat : ce résultat a été obtenu grâce à l'intérêt que leur portent S.E. Le Grand Vizir et ses adjoints Leurs Excellences Naciri et Berrada, et également M. GRUNER Chef de la Section d'Etat à la Direction des Affaires chérifiennes.

Les archives chérifiennes ne remontent donc pas très loin dans le temps ; celles des premiers souverains alaouites,de Moulay Ismaël ou de Sidi Mohammed ben Abdallah ont disparu. A peine peut-on en retrouver des épaves au Maroc et surtout en Europe; les lettres qu'ils adressaient aux souverains de France, d'Angleterre, d'Espagne, de Portugal étaient précieusement conservées à Paris, à Londres, à Madrid ou à Lisbonne et les plus importantes sont généralement publiées dans la collection des Sources inédites de l'Histoire du Maroc.

Nous savons d'ailleurs - et par des témoignages certains - que les Souverains alaouites traitaient avec beaucoup, de désinvolture leurs archives et spécialement les lettres que leur adressaient les souverains ou les Chefs d'Etat étrangers. Charles Cochelet qui nous a laissé le souvenir de son voyage au Maroc en I8I9, après plusieurs mois de captivité à la suite d'un naufrage, nous raconte en effet l'aventure suivante :
" Pendant mon séjour à Mogador, j'avais appris avec surprise que plusieurs lettres écrites, anciennement il est vrai, à des sultans étaient tombées (j'ignore comment) dans les mains de quelques agents européens. M. CASACCIA avait chez lui celle qui devint bientôt l'objet de mon envie. Cette pièce qui appartient au domaine de l'histoire, et qui serait précieuse, ne fut-ce que par la célébrité de son auteur, était une lettre de l'immortel Washington à l'empereur Sidi Mohammed Ben Abdallah. .. En prévenant à cet égard la curiosité des personnes qui liront, avec autant d'intérêt que j'en mets à la conserver, une lettre du Chef du Gouvernement le plus libre . . . ., je donnerai une preuve de la négligence apportée à la conservation des archives de l'Empire...."et Cochelet donne le texte de cette lettre qui est extrêmement intéressante :
" Grand et Magnanime ami, Depuis la date de la lettre que le dernier Congrès a adressée, par l'intermédiaire de son président, à Votre Majesté Impériale, les États-Unis d'Amérique ont jugé convenable de changer leur Gouvernement, et
d'en établir un nouveau, conforme à la constitution dont j'ai l'honneur de joindre ci- inclus la copie. Le temps nécessairement employé à cette tâche difficile, et les dérangements occasionnés par une révolution si grande quoique paisible, serviront d'excuse auprès de Votre Majesté, et lui expliqueront pourquoi elle n'a pas reçu de ces avis réguliers et de ces marques d'attention de la part des États-Unis, auxquels sa conduite amicale et magnanime lui a donné droit de s'attendre.

" Les Etats-Unis m'ayant à l'unanimité placé à la tête du suprême pouvoir exécutif de cette nation, la lettre de votre Majesté, du I7 Août 1788, m'a été remise; elle était restée sans réponse par suite de la dissolution de l'ancien gouvernement. J'ai reçu également les lettres que Votre Majesté Impériale a eu la bonté d'écrire, en faveur des États-Unis, aux bachas de Tunis et de Tripoli, et je lui présente les sincères remerciements des États-Unis pour cette marque importante de son amitié pour eux.

" Nous regrettons beaucoup que les dispositions hostiles de ces régences envers notre nation ( de laquelle cependant elles n'ont jamais reçu de dommages) ne puissent être changées qu'à des conditions auxquelles il nous est impossible de souscrire. Il ne se trouve dans notre pays ni mine d'or, ni mine d'argent, et cette jeune nation, à peine remise des dégâts
et de la désolation d'une longue guerre, n'a pas eu le temps jusqu'à, présent d'amasser des richesses par son agriculture et son commerce; mais notre sol est fertile, notre peuple est industrieux, et nous avons des raisons de nous flatter que nous deviendrons, petit à petit, utiles à nos amis.

" L'encouragement que Votre Majesté a bien voulu donner à notre commerce avec son empire, la ponctualité avec laquelle a été exécuté le traité fait avec nous, les mesures justes et généreuses qui ont été prises dans l'affaire du capitaine Proctor, ont fait une impression profonde sur le gouvernement des Etats Unis, et n'ont pu qu'augmenter son respect et son attachement pour Votre Majesté impériale.

" Je saisis avec plaisir cette occasion d'assurer à votre Majesté que tant que je resterai à la tête de cette nation, je ne cesserai de mettre en avant les mesures les plus propres à maintenir l'amitié et l'harmonie qui subsistent si heureusement entre son empire et notre pays. Je serai toujours heureux de me trouver à même de convaincre Votre Majesté de la haute opinion (que je partage avec tous mes compatriotes), de sa magnanimité, de sa sagesse, et de sa bonté.

"Dans le courant de l'hiver où nous entrons, la législatiure nationale s'assemblera en conservant l'ancien nom de congrès. J'aurai soin que rien ne soit omis de ce qui peut maintenir les rapports entre nos deux pays, et de les diriger de manière à être agréables à Votre Majesté, et satisfaisants pour tous ceux qui y seront intéressés.

"Grand et Magnanime ami, puisse le Tout-Puissant bénir Votre Majesté Impériale, et lui accorder sans cesse son aide et sa protection.

" Fait dans la Ville de NEW-YORK, 1e 1er Décembre 1769 .
Signé : G.WASHINGTON.


COCHELET montra un tel intérêt pour ce document -dont on peut apprécier et la forme et le fonds – que CASACCIA le lui offrit ce qui inspira à l'heureux possesseur , archiviste d'aspiration, de profondes pensées qu'il exprime dans le style imprégné de romantisme de son époque :"j'étais parti de France avec une lettre de M. de Lafayette, j'y revenais avec une lettre de Washington !... Le premier de ces deux hommes célèbres, avait eu la bonté de me recommander au ministre des Etats-Unis au Brésil; sa lettre avait subi le sort de toutes celles que j'emportai avec moi, et se trouvait perdue dans le désert. La lettre de Washington réparait ma perte sous ce rapport ; elle me parut repoussée par le sol sur lequel je la trouvai ; et puisqu'elle n'était pas conservée par le gouvernement à qui elle avait été destinée, et semblait en quelque sorte profanée par un honteux abandon, je l'enlevai, avec une satisfaction véritable" . . ,

Si les archives chérifiennes des XVII° et XVIII° siècles ont ainsi disparu, qu'en est-il de celles des siècles précédents et des dynasties almoravide, almohade, mérénide ou saadienne? On est réduit à en rechercher des épaves que l'on retrouve parfois et l'on peut encore espérer faire des découvertes. Ainsi aux Archives vaticanes en 1926 Monseigneur TISSERANT, le futur cardinal, eut la chance de retrouver une lettre adressée par l'almohade al-Murtadba au Pape- Innocent IV en 648 de l'hégire (1250) et Monsieur COLIN mit la main il y a une vingtaine d'années à FES, sur un recueil officiel de lettres almohades d'un intérêt considérable que M. LEVI-PROVENCAL a publié: on y trouve, par exemple, parmi une trentaine de documents de valeur une relation très précieuse de la révolte des frères du Mahdi à MARRAKECH.

Des Mérinides, il y a bien peu de chose transmise jusqu'à nous et c'est sans doute pour cette raison que les Archives
Nationales à Paris conservent avec fierté une lettre adressée par ABOU YOUSSEF YAKOUB au roi de France Philippe III le Hardi ; elle est datée du 20 rajab 681, correspondant au 24 Octobre 1282; l'objet immédiat de cette missive du Sultan était de solliciter l'intervention pacifique du roi de France afin de mettre un terme au désaccord, qui le séparait d'Alphonse X, roi de Castille, à la suite de l'appui qu'il avait fourni au fils révolté de celui-ci, Don Sanche le Brave. Enfin Abou Youssef ‘Yakoub profitait de l'occasion pour offrir avec insistance son alliance à Philippe le Hardi. Ce très beau document figure dans le fameux « Trésor des Chartes ».

Sans m'arrêter à la période des Beni Ouattas, je passerai aux Saadiens: si, pour cette époque, il ne demeure pas d'archives chérifiennes homogènes on devrait pouvoir retrouver, épars, des documents beaucoup plus nombreux qu'aux siècles précédents et les archives d'Europe en possèdent des quantités que l'on retrouve dans différentes séries, des Sources Inédites de I'histoire du Maroc (France, Espagne, Portugal‘, Angleterre, Pays-Bas). Au Maroc même, il serait possible, en menant une enquête systématique, d'en faire le recensement et il est fréquent d'en retrouver. Ainsi M. PIANEL a noté, dans Hespéris de 1949, qu'il avait mis à jour ce qu'il appelle à juste titre " Une Source nouvelle de l'histoire saadienne ": c'est un recueil dont le titre arabe traduit est "Transcription de quelques correspondances et rescrits impériaux que j'ai découverts, rédigés par les secrétaires de la dynastie abbâside-mansûrienne (Dieu la sanctifie) ". C'est un recueil de pièces d'archives dont les plus anciennes remontent au règne «d'Abul-Abbâs Ahmed al Mansur ad-Dababi; il y a là une soixantaine de documents que doit bientôt publier M. PIANEL.

Je ne reviens pas aux archives de la dynastie alaouite dont je vous ai déjà dit qu'il ne subsistait rien, en tant que fonds d'archives, pour les XVIIe et XVIIIe siècles. Et avant de quitter le domaine des archives centrales et officielles du Maroc, je vous parlerais de celles fort importantes et fort bien conservées sans doute parce qu'elles gardent toujours une valeur actuelle et un caractère administratif, du Vizirat des Habous, qui sont dans la Bénika des Habous à RABAT : ce sont les "Hawalat", registres très vénérables où sont transcrits les actes des Habous, où sont mentionnés leurs titres de propriété. Le plus ancien de ces "livres fonciers" est celui de Taroudant dont les mentions originales les plus anciennes remontent à 965 de l'hégire (1555-1556, époque saadienne). Sans vous les énumérer car elles sont très nombreuses, je vous citerai celle de Tanger qui va de 1126 à 1327, I7I4 (Moulay Ismael) à 1909 (Moulay Hafid) et une autre particulièrement précieuse pour les Fassis et que j'ai eu entre les mains à l'occasion d'une exposition d'archives- Son Excellence Bou Acherin ayant bien voulu nous la confier : la hawala du Moristane de FES; je ne veux pas insister sur l'intérêt historique qui s'attache à de tels documents : ce sont des sources capitales de l'histoire de la propriété foncière au Maroc, de l'histoire urbaine ( je crois me souvenir que dans l'une d'elles il y a une liste très longue des boutiques louées par les Habous à FES à l'époque mérinide), de l'histoire économique, et même, si nous prenons le point de vue de l'arabisant ou du berbérisant, pour la toponymie.

Mais je crois qu'il nous faut quitter la sphère des archives officielles pour entrer en contact avec celles qui ont le
caractère plus attachant d'archives privées et en premier lieu celles des Zaouïas.

Comme dans la France du moyen-âge et de l'ancien régime, les établissements religieux du Maroc possèdent des
chartriers où bien des richesses sont enterrées -aussi bien dans le domaine des manuscrits que dans celui des archives - mais ils restent généralement clos. On ne peut que soupçonner l'importance de certains d'entre eux par exemple celui de la Zaouïa de Boujad, fief des Marabouts Cherkaoui: seul l'un d'entre eux est assez bien connu: le chartrier de la Zaouïa d'Abou Mohammed Saleh, le célèbre patron de Safi, auquel put avoir accès le colonel de Castries. Dans le fonds des titres anciens de ce sanctuaire sont conservés 32 dahirs d'octroi ou de confirmation de privilèges émanant des sultans des dynasties saadiennes et alaouites : ils s'échelonnent entre 970 et 1292 de l'hégire ( 1565 et 1875 de l‘ère chrétienne). Ces dahirs ont été photographiés et les clichés sont déposés aux archives du Protectorat où ils représentent en quelque sorte un échantillon des archives que l'on peut retrouver dans les Zaouïas.

Cependant ce ne sont pas à proprement parler des archives privées puisqu'elles appartiennent à des collectivités religieuses : les véritables archives privées telles que nous les connaissons en France sont les archives de caractère familial, qui se transmettent de génération en génération. De telles archives sont nombreuses au Maroc et on les trouve dans les familles patriciennes des villes dites "hadria " : FES, RABAT, SALE, TETOUAN- ou des villes "makzenia " MEKNES ou MARRAKECH . C'est dans les familles andalouses, dans celles des chorfas, des anciens vizirs, des cadis, des adouls ...etc... que les documents les plus anciens et les mieux conservés peuvent se trouver . En prenant l'exemple de Fès, ville par excellence de la tradition, on peut en dénombrer plusieurs : ainsi chez les Jamaï, descendants des vizirs des sultans du XVIIIe et du XlXe siècles, chez les Ben Souda, chez les Skali. Mais c'est certainement chez le Chérif Abdelhay el Kittani, collectionneur averti, que sont groupées les plus riches ; parmi une incomparable réunion de dahirs saadiens ne posséderait-il pas la proclamation, datée du I3 Février I58I de Moulay Ahmed el Mansour apprenant à ses sujets l'entrée à Tombouctou des armées chérifiennes conduites par le caïd Djader ?

A Rabat les Bargach, à Salé les Naciri et les Sassi, à MEKNES les Ben Zidan, à MARRAKECH El Glaoui el Mezouari, à TETOUAN les Bricha et les Torrès sont les détenteurs d'archives familiales abondantes où sont marquées les jalons de l'histoire du Maroc. Malheureusement si en général les familles s'attachent à conserver pieusement ces témoignages de leur tradition, parfois aussi elles négligent quelque peu leurs archives qui sont menacées de disparition et de dispersion. Il s'agit donc de les sauvegarder. Ce problème n'est d'ailleurs pas particulier au Maroc; il s'est posé en France et on lui a cherché une solution : le législateur français, par le décret loi du I7 Juin I938, admit que les documents d'archives privées intéressant l'histoire nationale pouvaient être classées ; les archives étaient ainsi assimilées de fait aux monuments historiques. Depuis une doctrine s'est peu à peu élaborée en ce domaine et je crois que la Belgique, qui parmi les nations européennes est peut-être celle qui a le culte le plus mesuré de ses traditions, a trouvé la juste formule. Le I8 Septembre 1954 à MONS dans la salle de travail des Archives de l'Etat se tint une réunion de l'Association de la noblesse belge du Hainaut. Le but de cette réunion était d'étudier les moyens de sauvegarder les archives de caractère familial, anciennes, qui existaient dans la région; après quelques échanges de vue il fut décidé de créer un " Comité des Amis des archives du Hainaut " et le conservateur des Archives de l'Etat présenta à l'association un programme qui comprenait un objectif essentiel:
- Sauver les archives de familles de la destruction et de la dispersion en aidant les archivistes de l'Etat :
1) à établir un relevé systématique et descriptif de toutes les archives qui existent dans la région.
2) à faire connaître l'intérêt qu'il peut y avoir dans certains cas- pour les familles- à transférer leurs archives dans un dépôt d'Etat.

C'est pourquoi je me demande si, en faisant un rapprochement avec la question des archives privées, des archives des familles au Maroc, il ne serait pas opportun d'organiser dès maintenant un comité de ce genre. Ce comité qui s'appellerait par exemple "Comité de sauvegarde des archives privées au Maroc " pourrait grouper les principaux détenteurs d'archives ayant ce caractère et les collectionneurs qui seraient en liaison constante avec les archives du Protectorat pour tout ce qui concerne la conservation de ces documents. Nous pourrions certainement beaucoup les aider en leur fournissant par exemple des cartons d'un modèle approprié pour placer ces documents ; nous pourrions leur procurer les immenses avantages que donne la photographie dans ce domaine, en leur communiquant les photocopies de documents susceptibles de compléter leurs archives. Nous l'avons déjà fait, et avec le plus grand plaisir dans plusieurs circonstances. Pour prendre, une fois de plus, un exemple il nous serait facile de procurer aux Chorfa Kadiriine des photocopies de la belle et rare généalogie de leurs ancêtres que les Archives ont acquis il y a deux ans.

Inversement, les familles possédant des archives pourraient nous en communiquer les listes et nous permettre de photographier, de microfilmer celles qui présent un intérêt d'ordre général : ces photographies, ces microfilms , seraient conservés dans la partie confidentielle des Archives du Protectorat et non communicables si ce n'est avec l'autorisation des propriétaires eux-mêmes. Dans le cas où, comme je l'espère, ce Comité de sauvegarde des archives privées verra prochainement le jour, je crois que c'est à FES même, capitale de la tradition et des archives, et en liaison étroite avec la Société des Amis de FES, qu'il pourra obtenir les résultats les plus fructueux; je vous demande donc à tous de nous aider à le constituer.

Si,au Maroc, on ne peut reconstituer ce qui a disparu, ce qui a été détruit, on peut conserver ce qui existe et rassembler ce qui est épars. C'est ce qui a été fait dans le domaine des archives d'Etat, des "papiers publics" de caractère marocain ou français, et, là, de grands résultats ont été obtenus : deux dépôts fort riches existent dont le développement ne peut que se poursuivre.

Parallèlement les archives privées dans ce pays sont d'une incroyable richesse qui, peu à peu, se révèle. Leur sauvegarde qui n'est pas toujours assurée devient donc pour qui les possède un véritable devoir, je dirais presque si je ne craignais pas d'être emphatique, un devoir civique dont il faut avoir conscience. Et si, pour conclure, je ne craignais pas non plus le pédantisme, en emprunter, comme pour commencer, une citation à Monsieur BRAIBANT, je citerais encore ses paroles : " Savoir où l'on va, c'est d'abord savoir d'où l'on vient; or point d'histoire sans document. Un Pays sans archives ressemblerait à un amnésique.
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Kais GHOMRI

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MessageSujet: Les Archives du Maroc   Lun 12 Mar - 17:25

Une réponse tardive mais éclairante de l'hébdomadaire économique marocain La Vie économique, sur le long chemin qui reste à parcourir pour que le Maroc soit doté d'Archives dignes du nom:


Une tragédie nommée «Archives du Maroc»La vie économique.Rubrique : culture
Mr Abdelkrim Badjadja, directeur d’Archives du Maroc a beau s’égosiller, ce domaine reste le cadet des soucis de nos dirigeants. Les archives sont pourtant un incontestable vecteur de culture : en prendre soin revient à redonner la mémoire aux Marocains et à enrichir leurs connaissances.
Abdelkrim Badjadja a dû administrer pas mal de perfusions dans une vie antérieure. Le vocabulaire médical, cet Algérien de 67 ans en use avec un certain doigté et beaucoup de tristesse, pour parler de son véritable domaine, de sa vocation en péril : les archives, grand corps de métier malade, à en croire notre consultant international, actuellement conseiller en archivistique à Abu Dhabi. L’homme, qui a dirigé les Archives d’Algérie pendant neuf ans, a eu le temps de bien «diagnostiquer» ce qu’il considère être une plaie béante et suppurante pour nos sociétés en voie de développement : «Ou sous-développées, arrêtons de jouer avec les mots», se reprend l’expert. «Pour les archives de nos pays, c’est un traitement d’urgence qu’il faudrait. La situation est vraiment catastrophique».
M. Badjadja n’hésitera pas, tout au long de cette table ronde, organisée le 18 février dernier en marge du Salon du livre, à illustrer son propos à coups d’images choc : «Les archives jetées en vrac dans les caves, à la merci des fuites d’eau, des courts-circuits, des cafards, des rats, de l’oubli, ce n’est plus possible, c’est révoltant. Il faut que ça cesse !». Pareil pour les clichés péjoratifs, moqueurs sur les archivistes, distillés dans l’inconscient collectif : «Dans les films égyptiens, par exemple, le fonctionnaire sanctionné va aux archives. Ce métier n’est pas une punition !», éructe l’indigné, à raison. Non, un archiviste n’est pas un bonhomme besogneux, baignant dans des amas de feuilles jaunies et des nuages d’acariens. L’institution des archives n’est pas non plus à prendre à la légère : les documents qu’on y conserve ne sont pas, comme on se l’imagine paresseusement, une lecture barbante, mais la mémoire d’un peuple, d’une nation. «Les archives sont intarissables, il suffit de savoir les interroger», confirme Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc. Or, des archives peu ou mal entretenues, une mémoire collective lacunaire, en perdition, c’est un peu comme si toute une nation était amputée d’un lobe du cerveau ou frappée d’Alzheimer.
Une très brève histoire d’archives…
Accrochez-vous : au Maroc, les Archives en tant qu’institution existent depuis le vendredi 27 mai… 2011, date de leur inauguration officielle à Rabat. Les «Archives du Maroc» n’auraient donc même pas un an ! Ce seul retard devrait faire blêmir d’embarras. Pas si loin de chez nous, en Algérie par exemple, cet organisme public a été créé il y a vingt-cinq ans. Mieux : en Tunisie, le Centre de correspondances de l’Etat, ancêtre des Archives nationales, a vu le jour en 1874 ! «Soit sept ans avant le Protectorat français», tient à souligner fièrement le directeur général de l’institution, Hédi Jellab. «C’est malheureux d’avoir attendu cinquante ans avant d’avoir une loi sur les archives au Maroc», convient Damien Heurtebise, conservateur en chef du Centre des archives diplomatiques (Nantes). «Mais c’est le moment de mettre en place un système qui profite des technologies actuelles et qui tire le meilleur parti de l’actualité de la recherche. C’est aussi une chance que le Maroc parte d’une table rase», poursuit-il, presque ironique. Lapsus malheureux ? L’origine latine de table rase, tabula rasa, signifie littéralement «écrit effacé».
Jamaâ Baïda, historien et patron de ces «Archives du Maroc» flambant neuves, vous en parlera, lui, de cette «table rase» à qui tout manque ou presque, à commencer… Eh bien, par les décrets d’application pour actionner la machine, pour faire marcher l’institution. ça ne s’invente pas. Résultat : la loi sur les archives, pourtant promulguée il y a cinq ans, n’est pas encore entrée en vigueur. «J’ai toujours dit, en ce qui concerne la gestion des archives, que le Maroc officiel a eu une attitude peu rationnelle, voire coupable, après l’indépendance. Nous avons attendu un demi-siècle pour avoir une loi réglementant les archives, la loi du 30 novembre 2007. Après cela, il a fallu encore attendre trois ans et demi pour nommer un directeur des archives qui se retrouve après son investiture sans local approprié, sans personnel et sans budget… Il semble qu’on n’est pas trop pressé !», se désole le chef de nos hypothétiques Archives, qui n’a, pour seuls effectifs, que sept fonctionnaires, officiant dans des locaux d’emprunt, prodigués par la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM), en attendant la restauration d’un vieux bâtiment qui doit leur servir de siège. «J’en suis quelquefois découragé, malade… mais une lueur d’espoir me laisse croire qu’on va rattraper le temps perdu, car c’est avant tout une question de volonté politique. Tout récemment, le gouvernement a classé les «Archives du Maroc» parmi les vingt établissements stratégiques du Royaume».
Un rôle culturel indéniable
Et pour cause. Les archives sont une mine inépuisable d’informations ainsi qu’un instrument de transmission des savoirs. Utilisées à bon escient, elles sont un levier de développement social, économique et culturel, «un ciment de l’identité nationale, le témoin de l’évolution des nations», renchérit Jamaâ Baida. Elles aident à reconstituer des pans de l’Histoire, à raviver et pérenniser la culture d’une communauté. Pour peu qu’elles soient bien valorisées ! Car des archives négligées, en pagaille, nous livrent en effet une piètre image de nous-mêmes, une vision tronquée de notre mémoire. «C’est pour toutes ces raisons que les centres d’archives à travers le monde ne se contentent pas des “trois C”, c’est-à-dire collecte, conservation et communication… ils y ajoutent un autre “C”, celui de culture, en organisant des manifestations culturelles en relation avec les archives. Ces événements interpellent à la fois les jeunes et les moins jeunes ; on y apprend ce qu’est la chose publique, le legs culturel, la citoyenneté, etc. Leur valorisation par des expositions, des ateliers pédagogiques, des conférences… peut avoir un impact culturel non négligeable». Elles pourraient, par exemple, servir de rempart contre la folklorisation qui décime des pans du patrimoine marocain, l’abâtardit. «C’est vrai qu’il pourrait y avoir, ici et là, une tendance à vouloir folkloriser nos traditions culturelles. C’est une déviation dangereuse qui travestit notre patrimoine pour satisfaire des enjeux de toutes sortes. Cette folklorisation pourrait avoir une influence néfaste sur la mémoire collective, en général facilement manipulable. Les archives peuvent, dans ce cas, jouer le rôle de veille et de réhabilitation».
D’où l’intérêt, pour les Archives du Maroc, de s’enraciner dans les régions, à l’image des archives départementales françaises, qui disposent aujourd’hui de sites Web très fournis et même de pages Facebook ou de comptes Twitter, autant de moyens de diffusion de la culture régionale mais aussi de témoins de transparence administrative. «La création des archives régionales est une nécessité, surtout à l’horizon de la régionalisation avancée, martèle Jamaâ Baida. Je ne peux personnellement pas concevoir les douze régions préconisées dans le rapport de la Commission consultative de la régionalisation sans un volet dédié à l’organisation des archives de ces régions. Sans archives régionales, le projet de régionalisation est mal parti. Mais je crois qu’il faut déjà commencer par amender la loi actuelle des archives afin de l’harmoniser avec la nouvelle dynamique de la régionalisation avancée».
Jamaâ Baïda : Il faut une campagne nationale de valorisation des archives
La Vie éco : Ce retard dans l’entrée en vigueur de la loi sur les archives a dû occasionner des pertes considérables de fonds d’archives. Peut-on évaluer l’ampleur de ces pertes ?
Très certainement ! Ce retard a occasionné des pertes d’archives et en occasionne encore aujourd’hui. Je reçois chaque jour des informations – ou des rumeurs – selon lesquelles des fonds d’archives sont brûlés ou moisissent dans des caves. Je ne peux même pas encore, avec les moyens mis à ma disposition, «porter assistance à archives en danger». J’ai bien fait promulguer par l’ex-Premier ministre, Abbas El-Fassi,le 6 octobre dernier, une circulaire alertant les administrations publiques sur la nécessité de traiter avec les moyens adéquats les archives courantes et intermédiaires, tout en conservant les archives définitives dans des lieux appropriés, avec un personnel qualifié, en attendant leur transfert aux Archives du Maroc. Ce n’est malheureusement pas suffisant, il faudrait une campagne nationale de valorisation des archives et de sensibilisation. J’ai déjà appelé à plusieurs reprises à la consécration du 30 novembre – date de la promulgation de la première loi des archives sous le Maroc indépendant- comme Journée nationale des archives.
Décrivez-moi vos conditions de travail. De quels fonds disposez-vous pour travailler, quels effectifs avez-vous ?
Où travaillez-vous en attendant les nouveaux locaux ?
Franchement, pour le moment, je suis plutôt à plaindre. Les fonds mis à ma disposition n’ont rien à voir avec l’énorme tâche dévolue à un établissement comme «Archives du Maroc». C’est vraiment de l’ordre du bricolage ! A ce jour, j’ai pu recruter seulement cinq personnes, plus deux autres détachées du ministère de la culture. Il y a des promesses pour 2012, mais nous sommes déjà fin février ! Les locaux actuellement affectés aux Archives du Maroc, à savoir une aile de l’ancien siège de la Bibliothèque nationale, sont loin de répondre aux besoins d’un établissement stratégique tel que Archives du Maroc. Les quelques réaménagements, très bientôt en cours grâce à un appui de l’Union européenne, ne permettront, une fois achevés l’automne prochain, que la réalisation d’un «appartement témoin», un Q.G., une structure modeste où nous ferons notre apprentissage et d’où nous lancerons les plans de mise en place d’une vraie institution «Archives du Maroc» digne d’un Maroc déjà engagé dans divers chantiers de modernité et de démocratie. Par conséquent, l’acquisition d’un terrain et la construction d’un nouveau local revêtent un caractère d’urgence. A titre de comparaison, les réaménagements de nos actuels locaux permettront de disposer de 4 ou 5 magasins de stockage, d’une capacité de quelque 5 000 mètres linéaires, alors qu’un petit pays comme la Tunisie dispose d’une belle bâtisse abritant ses archives nationales, avec 48 magasins, d’une capacité de 52 km de rayonnages, plus un effectif de quelque 120 personnes.
Vous devez voir très grand pour cette naissante institution que vous dirigez. Qu’ambitionnez-nous d’accomplir pour les Archives, à court, moyen et long terme ?
Bien sûr que je vois très grand pour cette institution que je chéris et qui m’habite désormais jour et nuit. J’ai un plan d’action pour la mise en place d’une institution attendue depuis plus d’un demi-siècle. Etre le premier directeur des Archives du Maroc est un insigne honneur que m’a fait Sa Majesté le Roi. Mais en même temps, c’est une très lourde responsabilité pour laquelle je suis prêt à me sacrifier, pourvu qu’on me donne les moyens de travailler d’une façon professionnelle. Or, pour travailler sérieusement, il faudrait en plus de locaux appropriés, d’un personnel qualifié et de l’équipement adéquat, qu’on réalise que la question des archives n’est pas l’affaire d’un ministère ou d’un département. La vocation des archives étant transversale, il serait de la plus haute importance de créer un Conseil supérieur des archives dans lequel seraient représentés au plus haut niveau, sous la présidence du chef du gouvernement, tous les ministères afin qu’ils mutualisent leurs efforts pour donner un sens aux stipulations de la loi marocaine sur les archives et relever ensemble les défis d’un grand chantier , celui des archives, dans notre pays qui est engagé dans le processus de la modernité et de la démocratie. Or, il n’y a pas de modernité et de démocratie sans une bonne gestion des archives.
Sana Guessous. La Vie éco
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MessageSujet: Re: ARCHIVES D'ETAT ET ARCHIVES DE FAMILLES AU MAROC   Dim 18 Mar - 22:40

Merci Kais pour cet intéressant article à propos des archives .... mais également inquiétant car la situation est dramatique.

JP Busson commençait sa conférence du 21 avril 1955 par cette remarque: Le mot archives évoque la poussière et l'ennui, ou n'évoque rien, il semble si l'on en croit les propos d'Abdelkrim Badjadja cités dans l'article que l'image des archives ne s'est guère améliorée depuis plus de 50 ans.

Beaucoup d'archives ont disparu, jetées ou brulées pour faire de la place dans des locaux. D'autres ont séjourné des semaines ou des mois dans l'eau qui emplissait les caves où elles étaient "conservées", à cause d'une mauvaise évacuation des eaux de pluie. Certaines ont probablement été volées par des chercheurs peu scrupuleux ...... on peut espérer les voir réapparaître un jour !

Je l'ai déjà dit à propos des "Amis de Fès", les archives de l'association, confiées par le dernier président à un organisme officiel de Fès ont disparu.

Un certain nombre d'archivistes - de formation ou non - font un travail remarquable avec malheureusement des moyens dérisoires, dans l'indifférence générale - dans le meilleur des cas - pour sauver ce qui peut encore l'être. Il est temps de les soutenir et de sensibiliser les populations à la conservation des archives.

La remarque de JP Busson: .... " les archives privées dans ce pays sont d'une incroyable richesse qui, peu à peu, se révèle. Leur sauvegarde qui n'est pas toujours assurée devient donc pour qui les possède un véritable devoir, je dirais presque si je ne craignais pas d'être emphatique, un devoir civique dont il faut avoir conscience" reste toujours d'actualité cinquante-cinq ans plus tard ..... et combien d'archives disparues?
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MessageSujet: La bibliothèque Royale de Rabat   Lun 19 Mar - 18:12

Encore un article intéressant sur les archives marocaines de la bibliothèque royale de Rabat qui semble t il, contient toutes les archives compilées par les différentes dynasties et les différentes correspondances avec les puissances Européennes.
Le conservateur en est Mr Binebine. Homme d’une culture encyclopédique et d’une mémoire hors du commun . Ancien divertisseur et accompagnateur du Roi Hassan II. Mais le paradaoxe de l’histoire c’est que l’un de ses fils fut impliqué dans le coup d’état de Skhirat et a purgé sa peine dans le geôle terrible de Tazmamart sans que son père puisse lui être d’un quelconque secours auprès de Hassan II .Leur relation a continué « comme si de rien n’était ».D’ailleurs , Binebine a sorti un livre racontant son calvaire et celui de ses accompagnants à Tazmamart. Il a un autre fils , écrivain et peintre de renom….

Les manuscrits de la Bibliothèque royale : May 13, 2009
La Bibliothèque royale du palais de Rabat, solennel, le lieu porte le sceau de la munificence de la dynastie alaouite. Au fond, derrière des portes de verre, on devine le bureau personnel du roi. Ahmed-Chouqui Binebine, le directeur de la bibliothèque, qui a consacré un doctorat d’État, à l’université de Bordeaux, aux bibliothèques marocaines, est le gardien et l’avocat des trésors que les hasards de l’Histoire ont réunis ici. Les documents exceptionnels qui garnissent les rayons de la bibliothèque sont, en effet, des survivants. Pour arriver jusqu’au 3e millénaire, les parchemins et leurs enluminures, tout comme les livres de papier, ont triomphé des termites et, plus encore, des hommes: vols, pillages, autodafés, méconnaissance de la valeur des papiers de la mémoire, analphabétisme et bêtise ont vite fait de réduire la transmission des savoirs. “Les souverains marocains ont toujours accordé une grande importance à la conservation des écrits, explique M. Binebine. Mais il faut se souvenir que la cour était le plus souvent nomade et que les livres la suivaient”. Quand commence le protectorat français, en 1912, une bonne partie de la bibliothèque royale devient au contraire très sédentaire: elle est emmurée à Fès, et ne sortira de l’ombre qu’un demi-siècle plus tard. Depuis, une tâche jamais terminée de conservation, de recensement et de catalogage est en cours. Ahmed-Chouqui Binebine saisit un ouvrage en langue arabe. “L’un des premiers soucis est de dater, de caractériser et d’attribuer l’ouvrage. Pour cela, il existe souvent sur la dernière page un colophon enluminé portant le nom du copiste, la date, parfois le lieu et l’appartenance ou non à une série de tomes” Les manuscrits sont des balises qui jalonnent l’histoire culturelle du Maghreb, voire de tout le monde arabe. Les textes religieux, corans et commentaires critiques, sont les plus nombreux. D’autres montrent comment les musulmans de notre Moyen Âge ont été les passeurs des connaissances scientifiques entre l’Antiquité classique et la Renaissance.
Manuscrits du maroc
C’est ainsi que l’on découvre une traduction de Pythagore datant de 1594, ou encore un ouvrage d’astronomie du Perse Bironi de l’an 440 de l’Hégire. L’un des trésors les plus étonnants de la bibliothèque est un recueil illustré de fables indiennes, d’abord en persan avant d’être traduites en arabe, puis en latin, et d’inspirer La Fontaine. Quant aux supports, les plus anciens sont en parchemin, dont un coran sur peau d’autruche du 2e siècle de l’Hégire. La plupart sont en papier, une invention que les Arabes ont popularisée. Mais ces trésors ne sont accessibles qu’aux chercheurs pouvant justifier d’un bon niveau de compétence.
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MessageSujet: Re: ARCHIVES D'ETAT ET ARCHIVES DE FAMILLES AU MAROC   Mar 20 Mar - 10:54

Ce dernier article est, sur certains points, un peu en contradiction avec ce que dit JP Busson dans sa conférence sur les archives d'état. M.Binebine dit en effet que les souverains marocains ont toujours accordé une grande importance à la conservation des écrits ; pour JP Busson il n'existe pas beaucoup d'archives chérifiennes avant le 19 ème siècle et elles sont moins anciennes que les archives historiques françaises au Maroc. Il dit même que les premiers souverains alaouites traitaient « avec beaucoup de désinvolture » leurs archives. Seuls les Habous avec les « hawalat » disposent d'archives très anciennes.

Les sultans marocains, comme les premiers rois de France, transportaient avec eux leurs archives et ce vagabondage est source de pertes ou de destructions de documents. Binedine précise que c'est le protectorat, en 1912, qui sédentarise les archives. Il est intéressant de noter que Lyautey , nommé résident général depuis quelques jours seulement, présente dès le premier juin 1912 , à Sa Majesté Moulay Hafid le colonel de Castries qui devait créer le service des archives et organiser provisoirement un dépôt d'archives historiques et administratives dans le cadre de la Bibliothèque Générale du Protectorat.

« Les archives compilées par les différentes dynasties et les différentes correspondances avec les puissances Européennes » détenues à la Bibliothèque Royale de Rabat proviennent probablement des différents fonds cités par JP Busson ( Légation de France au Maroc, archives des anciens consulats, celles des ports de Mogador, de Casablanca, de Rabat, de Larache, de Mazagan et de Fès, documents des résidences impériales), regroupés à Dar el Maghzen et dont la garde était dévolue officiellement à Son Excellence le Grand Vizir , responsable des archives de l'empire.
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MessageSujet: Re: ARCHIVES D'ETAT ET ARCHIVES DE FAMILLES AU MAROC   

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