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 Les "Amis de Fès"

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ouedaggaï

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MessageSujet: Les "Amis de Fès"   Mer 9 Mar - 17:21

Le but de cette rubrique est de faire connaître les recherches et travaux menés, dans le cadre des « Amis de Fès », par des « passionnés » de la ville de Fès et  de son histoire, soucieux  de protéger son patrimoine et de le révéler.

 Cette association -aujourd'hui disparue- créée à l'initiative de Marcel Vicaire en 1932 fut une des premières (sinon la première) associations culturelles et artistiques du Maroc regroupant personnalités  européennes et marocaines, d'où l'intérêt des témoignages écrits que l'on peut retrouver.

Dans le chapitre « Fès dans l'entre-deux-guerres » de son livre « le Maghreb entre deux guerres »  , Jacques Berque écrit : « L'association des Amis de Fès groupe un certain nombre de Français et de Marocains parmi les plus valables.» et il ajoute « la collection de ces conférences constituerait une documentation précieuse ».

Je souhaite que les lecteurs soient aussi des acteurs dans la recherche de cette « documentation précieuse ».

 Avant de débuter la publication de la documentation déjà recueillie quelques repères sur les "Amis de Fès"

Les Amis de Fès.

  En octobre 1932, à l'initiative de Marcel Vicaire,Inspecteur des Beaux-Arts et des Monuments Historiques du Maroc, vingt-quatre personnes qui s'intéressaient à la vie de Fès jettent les premières bases d'une association. Autorisée par arrêté de M. le Secrétaire Général du Protectorat en date du 1er février 1933 (publication au B.O. N° 1059 du 10 février 1933), la nouvelle association s'appelle « Les Amis de Fès ».

  Fidèle à son programme de recherche désintéressée tel qu'il est défini par les articles 2 et 4 de ses statuts, l'association ne tarde pas à jouer un rôle de tout premier plan dans la vie intellectuelle et artistique de Fès.

  Elle a pour but de « grouper les amateurs d'archéologie, d'histoire, de littérature et d'art, et plus particulièrement ceux qu'intéresse la vie de Fès et de ses environs et de diriger leurs investigations dans tous les domaines ». (art. 2)

  « Ses moyens d'action consisteront notamment à organiser des conférences, des séances d'études et de travail, des expositions, des excursions ou des réunions de caractère archéologique, artistique ou littéraire, à prendre une part active aux Congrès de Sociétés savantes. (art.4)

  « Pour être membre de l'Association, il faut être présenté par deux parrains membres du Conseil et être agréé par le Conseil ». (art.5)

  Pendant la première phase, de 1932 à 1937, l'association offre un cadre de travail à un petit groupe de chercheurs et procure un public d'élite aux conférenciers de Fès ou de France. Il y a chaque année une moyenne de 5 à 6 manifestations et plusieurs de ces études, sur les Corporations de Fès notamment,  sont publiées dans la revue Hespéris.

  Avec l'année 1938 s'ouvre la deuxième phase de l'activité de l'association. Bénéficiant de la présence à Fès de la Casa Velasquez, les Amis de Fès, grâce à un programme copieux et varié de quinze manifestations, connaissent un rayonnement qui  porte leur nombre à près de 300. Pour la première fois, ils voient venir à eux de jeunes Marocains, dont les conférences sont particulièrement appréciées; le programme de recherches est centré autour de sujets d'étude précis; pour la première fois, l'association  participe au Congrès des Sociétés Savantes de Rabat en 1938 et à celui de Tunis l'année suivante, dont la saison ne sera pas moins riche ni moins brillante.

  Après le ralentissement de leur activité pendant les années de guerre et une saison de reprise, l'année 1948  trouve à nouveau les amis de Fès en plein développement. Avec ses dix-sept manifestations, la saison 1947-48  surpasse les saisons les plus brillantes d'avant-guerre; pour la première fois les Amis de Fès  échangent des conférences avec les Amis du Vieux Tlemcen; enfin l'association est définitivement organisée. Les archives alimentent de nombreux articles de journaux et serviront à publier des monographies sur Fès.

  La saison 1948-49, avec ses vingt manifestations confirme la vitalité grandissante de l'association, en même temps que des conférenciers de Rabat, de Casablanca, de France et même de l'étranger apportent un élément précieux de variété et d'exotisme.

  La saison 1949-50 est la plus brillante de toutes les saisons depuis que les Amis de Fès existent, non seulement par le nombre de manifestations mais encore par le rayonnement des Amis de Fès qui ne cesse de s'étendre à Fès, au Maroc et déborde même le cadre de l'Afrique du Nord.

  Vingt deux manifestations au cours de la saison démontrent le progrès de l'association qui compte porter ce nombre à vingt-cinq au cours de la saison 1950-51.

  A Fès le rayonnement s'étend grâce à l'ouverture d'une section de culture générale qui  introduit un élément supplémentaire de variété et d'intérêt. Les Amis de Fès n'en poursuivent  pas moins l'étude de Fès et de sa région, comme en témoignent des sorties à Meknès, Bahlil, Volubilis et Sefrou et des conférences-promenades au souk el Nokra, au cimetière de Bab Ftouh, ainsi qu'aux tanneurs . Ainsi les Amis de Fès s'affirment plus que jamais comme une association vouée à l'étude de tous les problèmes orientalistes et humains en une synthèse de recherches attrayantes et variées.

  Le rayonnement dans le Maroc a été développé grâce aux journaux et aux associations-soeurs. La plupart des grands quotidiens du Maroc, Courrier du Maroc, Vigie, Maroc-Demain, et même d'Algérie donnent de très larges extraits des conférences dont certaines sont  publiées in-extenso. Des contacts ont été pris avec le groupe Echanges de Rabat; les Amis de Salé, qui ont vu le jour en 1949, ont organisé cinq manifestations; enfin Marrakech « séduite par nos heureuses activités » demande les statuts des Amis de Fès pour fonder les Amis de Marrakech.

  Le rôle et la renommée des Amis de Fès les désignent tout naturellement pour présenter Fès aux caravanes touristiques: Amis de Tlemcen, Association Guillaume Budé, Association France-Presse ainsi qu'aux officiers de l'Ecole de Guerre et des Affaires Indigènes.

  « Ainsi, fidèles à leur mission, les Amis de Fès révèlent, expliquent, font comprendre et aimer la région et la ville dont ils sont fiers de porter le nom ».

   Les Amis de Fès ne « vivent » que de leurs cotisations et sont farouchement opposés, depuis le début, à toute subvention qui aliènerait leur indépendance. Depuis octobre 1938 furent admis deux principes: pas de subventions, pas de décorations. « La preuve est faite qu'une association de recherches purement désintéressée peut vivre sans recourir à la mendicité si elle veut faire l'effort nécessaire pour intéresser le public par la qualité de ses manifestations et cet effort désintéressé  trouve toujours les concours bénévoles indispensables » déclare le secrétaire général en décembre 1949.

  Je n'ai pas, pour l'instant, trouvé de documents postérieurs à 1951 et en particulier je n'ai pas d'information sur ce qu'est devenue l'association......et surtout où sont passées ses archives !

  A partir de 1950, beaucoup de conférences ont été imprimées et constituent une source de renseignements importants sur l'histoire de Fès....à condition de les retrouver. Pour l'instant j'en ai retrouvé une dizaine que je  publierai « au fil de l'eau » sur le site, grâce à la gentillesse et à l'efficacité de Gabriela et de son équipe qui ont permis l'ouverture de cette rubrique dédiée aux « Amis de Fès ». Je les en remercie chaleureusement.

Dès maintenant je suis prêt à recueillir les copies ( et même les originaux !) de documents que les « Anciens » peuvent avoir dans leur tiroir , à propos des Amis de Fès ou des conférences prononcées dans ce cadre.


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PAUL



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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Jeu 10 Mar - 7:08

Bon vent, les Fassis !


L'oeuvre de monsieur Marcel Vicaire avait été évoquée le 15 Avril dans la rubrique des "Peintres Orientalistes Marocains" en page 15, avec la reproduction de trois dessins et le lien du site qui lui est consacré.
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ouedaggaï

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Jeu 10 Mar - 8:57

Effectivement Paul, si les « Amis de Fès » n'existent plus, Isabelle Vicaire ( dernière inscrite sur " les Anciens du Maroc") a créé en 2007 l'association « Les Amis de Marcel Vicaire » pour faire connaître et perpétuer l'oeuvre de Marcel Vicaire.

C'est dans ce cadre qu'ont été rééditées les « Feuilles d'album » de Marcel Vicaire (croquis de 1922). « Votre album est quelque chose comme un musée de gestes, de petits soucis et de petites pensées en action....... Ces feuilles détachées, ce gracieux herbier humain réussit à nous donner une idée tout à fait juste de la rue marocaine, et du charme de la vie antique..... » écrivaient Jérôme et Jean Tharaud dans leur préface de l'ouvrage lors de sa sortie.

L'affiche « Venez visiter Fès la Mystérieuse », réalisée pour le syndicat d'initiative de Fès, en 1930 a été également reproduite.

Deux expositions de photographies (tirages de photos sur plaques de verre) et des croquis de 1922 réalisés par Marcel Vicaire ont été présentées à Bercy (juin 2010) et à Fès (musée du Batha en octobre 2010). L'exposition de Fès a été l'occasion d'entendre des conférenciers marocains et français sur l'art islamique et la peinture orientaliste et de nouer des contacts qui pourraient localement déboucher sur des actions culturelles et artistiques.

D'autres projets sont à l'étude et nous vous les feront partager.
La "collecte" des conférences fait partie de nos actions

Il est probable qu'Isabelle, après contact avec les "pilotes" du site des " Anciens du Maroc" propose des reproductions de dessins ou tableaux de Marcel Vicaire.
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pascale

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mar 15 Mar - 15:58

Idea

Ce qui m'intéresserait : des documents, des écrits sur Fes 1953-1963. Je prépare pour l' uni de Mannheim un exposé ( sur les inégalités sociales plus particulièrement )
Kais, Ouedeggai, Paul : auriez-vous une idée????
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navillot

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mar 24 Mai - 16:50

J'ai été heureuse de rencontrer Isabelle Vicaire et son mari au vernissage à Montpellier ,ils ont ensuite participé à notre rassemblement annuel d'ADAFES à Mauguio.
Il parait Paul que tu devais y venir,j'aurais été heureuse de te rencontrer!!!!
Amitiés
Micheline
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PAUL



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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mer 25 Mai - 16:40

Et le plaisir aurait été partagé : j'ignorai le détail des festivités et je me suis finalement déplacé le lundi pour rencontrer à cette exposition Claude, Fanfan et Ouedaggaï. Ce sera donc pour une prochaine fois.

Mais, ici, je tiens à faire tout de suite un petit mot après mon passage à Fès : j'ai visité "votre" église ( la "mienne" est à Meknès, vous savez bien...) et l'intérieur est magnifique, très bien entretenu. Le "padré" m'a expliqué qu'il avait été beaucoup aidé par ADAFES et vous en est reconnaissant. Je tenais à vous le dire.
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navillot

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mer 25 Mai - 17:03

Georges m'en a parlé et je ne lui ai pas demandé l'heure de ta venue ,le lundi,car je me serais déplacée.
Si ma 10 ème arrière-petite-fille n'est pas née le 28 juin à La Teste,je tacherai de venir à Bayonne car je serai en cure à Dax.Je contacterai Gabriela pour savoir ou vous rencontrer !!!!
Amicalement
Micheline
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ouedaggaï

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Lun 11 Juil - 18:03

Isabelle Crouigneau-Vicaire m'a donné il y a une quinzaine de jours cet  article publié dans  le journal « Fès et sa région » à l'occasion de la 3ème foire artisanale (22mai-7 juin 1936)


 Les Amis de Fès

  Il est dans ce monde des villes qui attirent les marchands comme Chicago ou Novgorod, d'autres attirent les musiciens comme Bayreuth, d’autres des poètes, comme Venise.

  Fès attire tous les hommes. Son nom seul éveille chez ceux qui ne l’ont pas vue une curiosité qui les oblige à venir la voir un jour. Et lorsqu’on l'a vue, on est pris par le charme de cette Calypso.

  Quand on a bu de l’eau de Moulay Idriss une fois, dit la légende, on ne peut oublier cette ville, il faut tôt ou tard y revenir.

  Et en fait, si l’on voulait citer tous les hommes célèbres qui ont visité Fès et qui en ont gardé un souvenir ineffaçable, la liste serait longue.

  Nous avons donc pensé, nous, Français demeurant à Fès pour diverses raisons, qu’un lien devait subsister entre les admirateurs éloignés de cette ville d'lslam, nous avons pensé qu'autour de son nom, de son prestige, pouvait se former un essaim, un groupement. Encore une nouvelle association, une nouvelle cotisation, un nouveau bulletin, plein d'insipides compte – rendus d'assemblées générales ? dira-t-on.

  Ecoutez nos raisons :
  Fès est une ville d’art. Elle contient des beautés, de merveilleuses manifestations de l'art et de l'artisanat  arabe marocain. Encore qu'il y ait des organisations spéciales pour défendre les monuments historiques, des associations pour défendre les sites et protéger la beauté, où qu'elle soit, nous avons pensé que nous pourrions au moins signaler ces trésors aux étrangers par des écrits, des conférences, par nos travaux de toute espèce.

  Nous ne nous substituons à personne, nous collaborerons avec tous ceux qui aiment Fès et ses trésors. Pour bien aimer d'ailleurs, il faut bien connaître.
  Le temps, l'indifférence parfois, ont laissé la poussière recouvrir les vestiges du passé.

  Et si M. Vicaire a fait revivre le bain maure d’lbn Abbed qui, sans lui, serait perdu pour toujours, c'est parce qu’il avait étudié les textes, c'est grâce aux révélations de ses amis musulmans.
Et qu'on le sache, Fès est pleine de belles choses cachées qui ne se révéleront que lentement, et à ceux qui le méritent.     Mais nous ne sommes ni des chercheurs de trésor, ni des gardiens de musée, c'est aussi bien dans le domaine sentimental que nous voulons agir que dans le domaine artistique.

  Qu'une ville provoque chez plusieurs les mêmes émotions, les mêmes enthousiasmes, les mêmes questions, cela suffit à mon sens pour que ces vivants se groupent et se penchent ensemble sur ce problème.

  Car, en effet, Fès est un anachronisme.

  Il n’est peut-être plus dans le monde une autre ville comparable à celle-ci, ville demeurée pareille à ce qu'elle était au quinzième siècle, ville où ne serait pas dépaysé un homme mort depuis plusieurs siècles et qui renaîtrait, ville ou presque rien n’a changé malgré le temps, ni les rues, ni le langage, ni le costume, ni la musique, ni les cérémonies, ni les manifestations de la joie ou de la peine.

  Or, pour nous, étrangers, vivant ici, un problème angoissant se pose.

  Les « nouveautés » comme on dit en arabe que nous avons apportées avec nous, appareils mécaniques ou sonores, et plus encore notre langage, notre agitation et pour tout dire notre intrusion dans tous les actes de la vie des autochtones, notre présence, en un mot, c’est le cristal qui va peut-être changer la nature du liquide où on le plonge.

  Il y a la une grande responsabilité et chacun en a sa part, encore que les responsables soient plus haut que nous.
  Nous sentons donc qu’il y a ici un devoir pour chacun, c’est celui de ne pas détruire ce qui ne nous appartient pas. Il faudrait également peut-être ne pas trop conserver, en étant plus royaliste que le roi, ce qui aurait été condamné à mourir sans notre intervention, car nous n’avons peut-être pas le droit d’empêcher une évolution même au détriment de la beauté.

  Mais les Amis de Fès ne sont ni des conservateurs ni des démolisseurs. Leurs statuts disent :« Cette association a pour but de grouper les amateurs d'archéologie, d’histoire, de littérature et d’art, et plus spécialement ceux qu'intéressent la vie de Fès et de ses environs"

  Elle a également pour objet de faciliter les travaux de tous ceux que passionne l'Histoire de Fès, de ses monuments, de ses habitants, de faciliter les acquisitions aux Musées et bibliothèques, etc...

  Et cependant, je suis persuadé que les Amis de Fès ont encore une autre tâche, c’est celle d’apporter leur concours sincère à l'œuvre de rapprochement entre les habitants de Fès et les Français. Quand une amitié véritable, indéfectible, sera nouée entre la France et les bourgeois de Fès, on pourra alors vraiment se réjouir sans réserves : l'œuvre française au Maroc sera terminée par le succès.

  C’est pourquoi je souhaite que l’Association des Amis de Fès ouvre un jour ses portes aux musulmans et aux israélites.

  Paul ODINOT.
  Vice-Président des Amis de Fès


  Il m'a paru intéressant de transcrire cet article où il est dit que l'amitié véritable entre Marocains et Français est nécessaire et indispensable à la réussite de l"œuvre française " au Maroc.

  On constate aussi que "les Amis de Fès" était au départ une association franco-française et que la "mixité" est postérieure à 1936 ! Il reste à découvrir la date de" l'ouverture".

 Paul Odinot était un ancien officier des affaires indigènes, marié à une marocaine musulmane, auteur de plusieurs romans et qui a échangé une correspondance importante avec Henri de Montherlant lorsque ce dernier écrivait la Rose de Sable au début des années 1930 (roman qui ne sera finalement publié intégralement qu'en 1968)


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CONRAD-BRUAT Xavier



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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mar 12 Juil - 13:42

ouedaggaï a écrit:
Il reste à découvrir la date de" l'ouverture".

Bonjour Ouedaggaï,
Sous réserve de la lecture des statuts, l'association était probablement et juridiquement ouverte à tous, non seulement aux français et marocains mais aussi aux nombreuses nationalités présentes au Maroc : espagnols, portugais, anglais, allemands, russes, algériens, tunisiens, africains, maltais, tchèques, et j'en passe..., dont certaines même avant nous.
Les statuts de l'association datent de 1932 (j'ai lu dans Adafes que quelqu'un se les était procurés, il serait intéressant de pouvoir les reproduire ici à titre documentaire), les propos de Paul Odinot sont de 1936. J'ai lu quelque part que de nombreux marocains y avaient adhéré fin années 30, donc entre 1936 et 1940 (j'ai même lu 1937).
"L"ouverture" ne semble donc pas avoir traîné. Je pense d'ailleurs que, dans la bouche de Paul Odinot, ce terme n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui, même s'il exprime quelque regret... "franco-française" parce que, à mon sens, l'idée et le montage sont provenus de Marcel Vicaire et ses amis ou personnalités nécessaires, mais il est certain que "l'ouverture" était bien là de droit dès le départ, tant dans la tête de Marcel Vicaire que juridiquement. Il a bien fallu que de 1932 à 1936 l'association se fasse connaître... cheers
Amitiés.
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ouedaggaï

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mar 12 Juil - 17:55

Bonjour Xavier,

 je connais l'article d'Adafès car j'en suis l'auteur et j'ai les statuts des "Amis de Fès". Il n'y avait aucun obstacle juridique à ce que les Marocains ou Européens non français fassent partie de l'association. Tu peux voir dans mon premier post du 9 mars sur ce sujet que

« Pour être membre de l'Association, il faut être présenté par deux parrains membres du Conseil et être agréé par le Conseil ». (art.5)

 Certains avaient d'ailleurs regretté ce type de cooptation qui risquait de faire des "Amis de Fès" un cercle fermé.

  Je suis d'accord avec toi pour dire qu'il est évident que Marcel Vicaire en créant cette association dont les buts étaient de
« grouper les amateurs d'archéologie, d'histoire, de littérature et d'art, et plus particulièrement ceux qu'intéresse la vie de Fès et de ses environs et de diriger leurs investigations dans tous les domaines ». (art. 2)

et dont les "moyens d'action consisteront notamment à organiser des conférences, des séances d'études et de travail, des expositions, des excursions ou des réunions de caractère archéologique, artistique ou littéraire, à prendre une part active aux Congrès de Sociétés savantes". (art.4)

souhaitait associer les marocains musulmans ou israélites aux travaux des "Amis de Fès" .La réalisation de ces buts ne pouvait se priver de la  collaboration infiniment précieuse des marocains.

 Mais il a fallu un certain temps pour les associer  aux travaux de l'association. Dans mon premier post j'indiquais que  de 1932 à 1937, l'association offrait un cadre de travail à un petit groupe de chercheurs et procure un public d'élite aux conférenciers de Fès ou de France.

Je pense que lorsque Odinot souhaite que l' association des Amis de Fès ouvre "un jour" ses portes aux musulmans et israélites c'est qu'il ne devait pas y en avoir, en dehors peut-être de quelques représentants des autorités.

 A cette époque, les musulmans avaient peu de place dans les institutions françaises: j'ai vu les listes "d'élèves indigènes" que les proviseurs de lycée devaient transmettre au Directeur de l'Instruction Publique au début des années trente. Ils étaient peu nombreux, souvent d'origine algérienne ou enfants d'anciens protégés européens.

 A partir de 1936 les choses ont évolué. J'écrivais plus haut, qu'à partir de 1938 "pour la première fois, ils (les Amis de Fès) voient venir à eux de jeunes Marocains, dont les conférences sont particulièrement appréciées.

 1937 peut être la date de l'ouverture (entre 36 et 38 !) mais je n'ai pas encore pu retrouver la liste des adhérents ni la composition du bureau à cette époque.

  En 1936, le Dr Cristiani était président, Odinot vice-président , tous les deux mariés à des musulmanes.
  D'autre part Odinot était déjà dans une démarche que l'on pourrait qualifier "d'anti-colonialiste" (d'où ses contacts avec Montherlant qui lui avait demandé de lire et de lui donner son avis sur La Rose de Sable) et beaucoup d'autres adhérents étaient plutôt dans la mouvance opposée, ce qui n'empêchait un fonctionnement harmonieux de l'association , preuve d'une grande tolérance et d'une réelle ouverture d'esprit.
 
C'est enfin un marocain qui à la dissolution des Amis de Fès autour de 1957-58 a récupéré les archives pour les confier aux moines de Tioumliline pour qu'elles soient conservées en sécurité. L'esprit des "Amis de Fès" était toujours présent.
Au départ des moines il les a encore récupéré pour les confier à Fès à un organisme dont je ne citerai pas le nom .... On a depuis perdu leur trace ! Définitivement ?


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CONRAD-BRUAT Xavier



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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mer 13 Juil - 7:57

Bonjour Ouedaggaï,
Je vois que tu connais bien le sujet et que ta recherche sur l'ouverture était beaucoup plus précise.
Définitivement disparues, les archives, espérons que non, et encore faudra-t-il aussi vaincre la résistance des détenteurs...
La liste annuelle des adhérents n'est trouvable que dans lesdites archives.
La composition du bureau doit faire l'objet, en France et à chaque changement, d'une publication dans un journal d'annonces légales et d'un dépôt en Préfecture, puis par celle-ci aux Archives départementales après un certain temps. Tes recherches pourraient être dirigées dans l'équivalent à l'époque au Maroc. Cela restreint les recherches mais ne les rend pas nécessairement plus faciles.
Tout le plaisir du chercheur... cheers
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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mer 13 Juil - 15:14

XAVIER, OUEDAGGAI

Allez les anciens scouts, les lecteurs de Pierre JOUBERT, marabout junior, jeux ou livres de piste (mon frère les lisait pas moi, Bob Morane etc....

et nous tous enquêtes et détections,
1° le Maroc en 1932 sur Fez, nous donnera peut être une idée des noms d'architectes, urbanistes etc....
2° la publication de ce livre devrait faire venir sur ce site, quelques descendants.
3° ok, on ne "copinait" pas à cette époque, mais force est de constater, que certaines familles d'intellectuels juifs de Fes et grandes familles marocaines de la m^me ville, se côtoyaient. J'ai même l'impression que les premières années du protectorat, les liens étaient plus nombreux, entre les communautés que l'on peut l'imaginer, déjà au travers des professions, et de la population qui s'entrecroisait, pour ensuite, s'éloigner et se refermer, entre "gens" de même "qualité"
4° n'oublions pas que nos familles ont plusieurs fois déménagé, changé de pays, le prix du M3....vous comprendrez que l'essentiel faisait partie de ces grandes caisses en bois qui suivaient les mutations,

Et oui, j'ai trouvé un navigateur, qui possède une maison de famille depuis plusieurs générations et a tout , tout gardé. Nous étions deux gamins à nous remémorer nos jeux, livres, autos etc.... Et moi de lui dire, naivement "tu avais une gentille maman," lui de me répondre OUI. Cela veut il dire que j'avais une méchante maman, dans cette réflexion de femme de 63 ans. Analyse Georges???? Bien oui, nous devions toujours donner nos jouets, sauf le train électrique.

Les cartes postales anciennes du Maroc, de Fes..................maman les a donné à l'époux d'une de mes amies, qui a fait de Serge N un spécialiste, qui court la France et a pu s'acheter, dixit sa famille jalouse, sa modeste maison de vacances

La solution se trouve au Maroc

Xavier, vois Rémi, ton ex confrère ou son papa Jean
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ouedaggaï

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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Sam 3 Déc - 23:49

J'ai trouvé dans le Courrier du Maroc du 23 juillet 1952, un article qui reprend un article du Courrier du Maroc du 23 juillet  1932 où son auteur " Le Rekkas " insistait sur la nécessité de créer un groupement des "Amis de Fès".

Voici ce qu'il écrivait:

 " Une idée est dans l'air, celle de créer un groupement des "Amis de Fès".

 Comment encore un groupement me direz-vous, n'y en a-t-il donc pas déjà assez? Et le Syndicat d'Initiative qu'en faites-vous?

 Les "Amis de Fès" auraient pour but immédiat de travailler à sauvegarder les sites et surtout les monuments de la  vieille ville, à veiller jalousement sur leur conservation, à signaler à la municipalité et au Syndicat d'Initiative, les fautes de goût, les erreurs, les réfections à opérer, les mesures à prendre.

Ne dites pas que c'est inutile, je vous répondrai qu'au contraire ce groupement fait maintenant réellement besoin.

Il y a ici des monuments délabrés, abandonnés, il y a ici des portes et des remparts qui menacent ruine à brève échéance et que l'insignifiante dotation à l'emprunt ne permettra pas seulement d'étayer.

Il y a des beautés ou des richesses trop ignorées et qui se perdent par abandon sans profit pour personne.

Il y a des projets dangereux qui sous couleur d'utilitarisme risquent de faire perdre au splendide décor de la Médina son charme inestimable.

Il y a enfin surtout des intérêts à concilier, un arbitrage permanent à assurer, car entre deux tendances contraires comme celles qui furent toujours ennemies: l'ancien et le neuf, le classique et le moderne, on peut toujours trouver un terrain d'entente qui donne satisfaction à tout le monde. On peut toujours arranger, l'important est qu'il ne soit pas trop tard, aussi évitons toujours avant tout de détruire.

Oui, il le faut, ceux qui aiment Fès et il y en a quelques uns, doivent réaliser ce groupe des "Amis de Fès"


 "Le Rekkas" était certainement la voix - ou la plume- de Marcel Vicaire et de ses amis, et le projet se réalisait trois mois plus tard, en octobre 1932.

 On sait aujourd'hui quelle a été l'activité des "Amis de Fès" plus ou moins fidèle au plan préconisé par "Le Rekkas" mais éminemment utile pour la connaissance de Fès et de sa région


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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Mer 18 Jan - 22:16

Dans son livre " Souvenirs du Maroc" (Editions Afrique Orient) Marcel Vicaire évoque la création des "Amis de Fès"; il expose les raisons qui ont présidé à cette création et les buts qu'il s'était fixés.

Vicaire, au début des années 1930, entretenait des relations délicates avec le Chef de Région, le Général Marquis, et avec le Chef des Services Municipaux, M. Lemaire. "Le Général Marquis et monsieur Lemaire n'étaient pas plus sensibles à l'histoire et au langage des vieilles pierres qu'aux choses de l'art et de l'esprit".

 Marcel Vicaire avait réussi à sauver Bab Guissa,"une des plus majestueuses portes de Fès", de la démolition décidée par le Général Marquis et M. Lemaire.

 Quelques mois plus tard, Vicaire ne pouvait empêcher la destruction du rempart et de la porte monumentale qui protégeaient le Palais de Dar Batha, pourtant classé monument historique. Cette fois la paire Marquis-Lemaire imposait sa décision.

 " Armé d'une plume que pouvais-je contre les pioches des démolisseurs? La lutte était inégale...... Une bataille était perdue, les pioches avaient eu raison du droit dans une administration défaillante. Je ne me tenais pas battu pour autant et, décidé à éviter le retour de tels incidents, je proposais à quelques bons amis qui partageaient mes sentiments d'organiser une défense pour l'avenir.

 C'est ainsi que me vint l'idée de fonder l'association des "Amis de Fès". Avant mon départ de Saint-Germain-en-laye en 1923 j'avais été l'un des fondateurs des "Amis du Vieux saint Germain". Les statuts de ce groupement très actif sous l'impulsion de Monsieur de la Tourasse, conservateur de la Bibliothèque et du Musée municipal, me paraissaient répondre au but que je m'étais fixé.

 Pour mener à bien l'entreprise, plusieurs conditions s'imposaient:
    - ne pas donner à l'association un caractère combatif, mais d'études et de recherches historiques, archéologiques, artistiques, folkloriques et sociales.
    - Intéresser à sa fondation les personnalités les plus marquantes des lettres, des arts, du journalisme et quelques hommes politiques sensibles au goût, à la beauté et aux choses de l'esprit.
    - Garder une indépendance totale en refusant l'aide d'organismes officiels.
    - Grouper Français et Marocains vivant à Fès, soucieux de connaître son histoire, ses monuments, ses institutions, les moeurs et les coutumes de ses habitants; enfin désireux de collaborer à un vaste programme d'études, de conférences, de promenades et d'expositions .......

  Les autorités locales voyaient d'un assez mauvais oeil la création de cette association, mais ne pouvaient l'empêcher. Les buts étaient louables, susceptibles de resserrer les amitiés franco-marocaines et elle représentait un caractère culturel indéniable. La composition du comité d'honneur les inquiétait: le Maréchal Lyautey en avait accepté la présidence et il groupait de très hautes personnalités telles que Gabriel Hanotaux, André Chevrillon, Emile Henriot, les frères Tharaud, André Thérive, Léandre Vaillat, Albert Petit, Laprade; des archéologues comme Georges Marçais, Poinsot, Elie Lambert, Carcopino, Henri Terrasse; les généraux Gouraud et Massimy; des notabilités marocaines parmi lesquelles Hadj Thami El Glaoui, le chérif Si Abd El Hadj El Kettani et de nombreux amis Fassis.

  Deux autres personnalités locales complétaient ce comité d'honneur: le général Marquis et monsieur Lemaire ! Les membres du bureau des "Amis de Fès", sous a conduite de leur président, le docteur Cristiani, leur rendirent visite pour les prier de bien vouloir accepter leur nomination au sein du comité d'honneur - démarche sans doute un peu ironique qui plaça nos interlocuteurs dans un certain embarras-. Après un froid, ils déclarèrent avec un sourire un peu jaune " qu'ils ne pouvaient qu'accepter cet honneur"
  Nous avions peine à garder notre sérieux et à réfréner nos rires.

  Les "Amis de Fès" disposaient d'une arme puissante dont la crainte modéra l'ardeur des dévastateurs. Ils connurent de très beaux succès avec leurs recherches, leurs conférences et leurs promenades. Les Fassis un peu méfiants au début, reconnurent bien vite l'intérêt de l'association qui resserrait les liens de l'amitié franco-marocaine."


 Ce chapitre aurait davantage sa place au début de cette rubrique mais au moment où j'ai mis le premier post le livre n'était pas encore édité. Je donne les infos au fil de mes découvertes, c'est donc chronologiquement désordonné .....


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MessageSujet: Re: Les "Amis de Fès"   Sam 9 Fév - 23:02

J'ai recueilli, grâce à la famille d'Henri Bressolette d'intéressantes précisions sur l'histoire de l'association Les Amis de Fès . Henri Bressolette, agrégé de l'Université fut secrétaire général des Amis de Fès de 1935 à 1959. Dans les années 1970, il rédigea un historique- inédit- de l'association. C'est ce document que m'a communiqué sa famille. Je l'en remercie.

     Roger Le Tourneau, professeur au Collège Moulay Idriss, présente son collègue Henri Bressolette arrivé à Fès en octobre 1932, à Marcel Vicaire qui envisage de créer une association pour la défense du patrimoine de la médina.

    Marcel Vicaire avant son arrivée au Maroc, avait été à l'origine de la création de la Société des Amis du Vieux-Saint-Germain dont il veut adapter les statuts pour créer une Société des Amis de Fès.

    Nous avons vu précédemment (post de décembre 2011) que la presse avait évoqué cette idée en juillet 1932 sous la plume du « Rekkas » pseudonyme de Michel Kamm, père. Nous ne reviendrons pas sur la création et les premiers pas de l'association des Amis de Fès.

    Henri Bressolette adhère à l'association en 1934 et en 1935 remplace François Bonjean désireux de renoncer à son poste de secrétaire général. Avec Guyot, Le Tourneau, Paye et Jean Delarozière il prépare et organise des conférences sur les différentes corporations et des visites de quartier.

    La saison 1937-1938 marque le véritable démarrage des Amis de Fès qui voient le nombre de ses membres augmenter, l'adhésion de jeunes marocains, la participation à des congrès et réunions de Sociétés savantes et la structuration d'un programme autour de deux axes : Histoire et archéologie, et la Vie d'aujourd'hui. La saison 1938-1939 est brillante.

    Voilà ce qu'écrit le « Rekkas » Michel Kamm le 6 avril 1938 dans un article du Courrier du Maroc :
   « L'activité et la formule du nouveau groupement fasi les Amis de Fès sont venues combler dans la vie intellectuelle de notre capitale du Nord une vraie lacune.
    Certains concurrents qui parlent de Fès avec envie, l'appellent la vieille capitale, ou l'antique capitale, comme si la ville était à demi morte, d'autres n'en connaissent que la ville nouvelle, ce qui n'est guère; mais tous, s'ils sont de bonne foi, ne discutent pas le fait qu'elle est restée la capitale religieuse, la capitale de l'Intelligence et du Savoir …
   Or, qu'est ce qui matérialisait pour la plupart d'entre nous cette primauté du spirituel ? Qu'est-ce qui les instruisait de l'énorme fonds historique dont tant de monuments épars, de traditions et de documents traduits, ne semblaient réservés qu'aux savants ?
  Quel avantage de tout cela pour le public moyen, les promeneurs du dimanche, les curieux, les inoccupés, les artistes de passage, les étudiants ?
  Désormais tout un chacun, en s'affiliant pour une somme insignifiante au groupe des Amis de Fès va pouvoir s'intégrer dans les milieux de la pensée et de la spiritualité fasis; le groupe lui épargne même la difficulté ou la gêne de choisir le genre de documentation ou d'études, car son programme très complet et très souple suit comme une arabesque harmonieuse le déroulement du temps et des saisons, et en varie le propos au gré de notre plaisir.
  Ses réunions et excursions, de plus en plus suivies me rappellent une autre période de prestige, où Fès, avec ses conférences des Hautes Etudes au Collège musulman, en 1924, quatorze ans déjà ! faisait nette figure de capitale intellectuelle du Maroc. ….
 …. Puis ces conférences furent supprimées, on ne sut jamais bien pourquoi ; certes les journaux du Maroc en avaient parlé et leur réputation débordait sans doute du cadre où la nouvelle capitale, Rabat, voulait bien nous limiter.
  Avec le nouveau groupement qui est d'ordre privé, nous n'aurons plus de risques de ce genre.
  Espérons donc que, grossi de jour en jour par les meilleurs éléments de cette capitale du savoir, et enrichi par les apports nouveaux de la jeunesse musulmane qui commence à s'y intéresser le groupe pourra trouver une vitalité définitive ».

  La guerre interrompt l'élan des années 1937-1939 : beaucoup de jeunes membres de l'association sont mobilisés et il faudra attendre le début de l'année 1947 pour voir redémarrer les activités : 17 manifestations en 1947-48, 20 en 1948-49, 22 en 1949-50, 28 en 1950-51, 25 en 1951-52. C'est à ce moment là que Maurice Nény fait dactylographier et ronéotyper les conférences dont cinq exemplaires viennent à chaque fois grossir les archives documentaires. Ces années de 1947 à 1953 furent la période faste des Amis de Fès dont le rayonnement s'étend à tout le Maroc.

  La suite fut plus difficile. « Après la déposition du sultan Sidi Mohammed en 1953, les Amis de Fès durent ralentir leur activité. Quelques manifestations eurent encore lieu, mais, en raison du climat politique et l'incertitude de l'avenir, le départ de plusieurs membres du conseil remplacés par des Marocains partisans, l'un, du sultan déposé, l'autre, de son remplaçant provisoire Moulay Arafa, mirent fin à la sérénité qui avait jusqu'alors présidé aux délibérations ». Bressolette

  Les Amis de Fès se mettent en sommeil. C'était d'ailleurs le titre d'un article du Courrier du Maroc le 6 décembre 1955, "Le petit sommeil des Amis de Fès" dans lequel Michel Kamm demande à Maurice Neny, un des animateurs et brillant conférencier de l'association, les raisons de cette discrétion des Amis de Fès. Neny répond que l'association a renoncé à ses conférences-promenades à cause de l'insécurité ambiante "un soupçon d'insécurité": les organisateurs craignent de proposer à des adhérents réticents, des sorties dont ils ne peuvent garantir toutes les conditions de sécurité. D'autre part ces conférences-promenades sont l'occasion de rencontres avec les populations dont on ne peut plus être certain des   sentiments vis à vis des visiteurs. Les Amis de Fès, ayant choisi l'option de conférences en extérieur ne souhaitent pas revenir à des conférences en salle. " C'est aller un peu contre l'un des principes du groupement qui s'est fait un point d'honneur de rechercher face au sujet traité la beauté et la grandeur même de ce sujet".

  Je pense que l'explication avancée par Bressolette, de tensions  et d'options politiques opposées, entre les membres est probablement plus importante pour expliquer le sommeil des Amis de Fès que le soupçon d'insécurité extérieure ou le goût des conférences au grand air.

  A la lecture du Courrier du Maroc, on constate que l'Alliance française poursuit ses activités, que M. Meslé, conservateur du Musée du Batha multiplie dans cette période les conférences dans le domaine des Arts (en particulier sur la musique orientale et andalouse) et que l'association des Anciens élèves du Lycée Moulay Idriss organise régulièrement des conférences scientifiques et culturelles dans l'enceinte du lycée.

  Après l'indépendance, Mohammed Benchekroun, ancien élève de Bressolette au lycée Moulay-Idriss, est président du Syndicat d'Initiatives de Fès et souhaite poursuivre l'oeuvre des Amis de Fès. Bressolette propose de fonder « Tourisme et Culture » dont il rédige les statuts en s'inspirant de ceux des Amis de Fès.

  Tourisme et Culture sera la section culturelle  du Syndicat d'Initiatives et Henri Bressolette en sera le premier président.

  « Faire mieux connaître Fès et sa région sous leurs multiples aspects : histoire, vie d'aujourd'hui, folklore , artisanat, coutumes tel est le but de la section culturelle du ESSI de Fès qui s'est créée au début d'octobre 1958 sous le nom de Tourisme et Culture.
  Elle organise des visites de monuments commentées, des conférences promenades, des excursions en dehors de la ville, agrémentées d'exposés historiques et de divertissements folkloriques. Ces manifestations ont lieu en principe, et sauf empêchement majeur, le troisième dimanche du mois, dans l'après-midi ; les excursions peuvent être prévues toute la journée.
  Ces exposés seront publiés dans des Cahiers groupant les conférences du trimestre. En outre de courtes monographies sur les principaux monuments de Fès seront diffusées.
  Toutes les personnes qui s'intéressent à l'activité de la Section Culturelle peuvent faire partie de Tourisme et Culture en retirant leur carte au siège du Syndicat d'Initiatives, Place Mohammed V : cartes à 300 francs, donnant droit aux neuf manifestations de la saison, d'octobre à juin ; cartes à 200 francs pour le conjoint et à 100 francs pour les étudiants et les jeunes de 12 à 20 ans.
  Des tickets d'entrée à 50 francs -jeunes 20 francs- sont offerts aux touristes de passage, pour chaque manifestation.

  Le premier conseil d'administration est ainsi constitué : Président : Henri Bressolette, secrétaire : Max Legarçon, trésorier : Philippe Jospin.
  MM.Bach, Benchekroun Mohammed, Bensimhon Judah, Degez, Iraki Mohammed, Kamm, Lhospied, Meslé, Tazi Saoud, Zeghari Mohammed sont membres du conseil

  Comme on peut le constater le noyau « dur » du conseil est constitué d'anciens membres des Amis de Fès.
  Le cycle des conférences-promenades est inauguré le 26 octobre 1958 avec la visite du Méchouar de la Makina, des tours de Bab Dekaken et de la grande noria mérinide, sous la conduite d'Henri Bressolette.

  D'après les comptes-rendus trouvés dans le Courrier du Maroc certaines de ces visites ont attiré de 4 à 500 personnes. Tourisme et Culture a poursuivi avec régularité son programme de visites et de conférences-promenades; j'ignore jusqu'à quand l'association a poursuivi ses activités … le Courrier du Maroc une de mes sources d'informations ayant cessé de paraître en avril 1962 !

  Henri Bressolette quitte Fès à l'été 1959 pour Meknès où il est nommé comme enseignant. Tourisme et Culture fait ses adieux à Bressolette en novembre 1959 et le remercie « pour toute son œuvre de prospection historique et de vulgarisation à Fès ».

  Cette manifestation d'adieux est l'occasion de la remise des archives des Amis de Fès à la section Tourisme et Culture. « Nous devons vous remercier tout particulièrement, dira M. Benchekroun, président du ESSI de Fès, de votre dernier et si précieux service rendu à la section Tourisme et Culture par la restitution des archives des Amis de Fès, dont la documentation unique, que vous avez été cherché à Tioumliline, enrichit notre « fonds historique, archéologique et géographique » de textes inappréciables ; déjà durant le congrès archéologique qui s'est réuni au Maroc la semaine dernière, la traduction de l'étude du commandant Buttin sur les « armes du Batha » a été vivement apprécié. »

  Bressolette dans sa réponse dira à propos des archives :  « Je suis heureux de savoir que ce travail continuera à prouver son utilité et que, grâce à vous ces archives désormais confiées au ESSI, ont reçu les aménagements nécessaires pour leur classement et conservation. J'ai pu encore, ces derniers jours aller chercher à Tioumliline, ce qui en restait ». ( Les Amis de Fès avaient mis les archives  à l'abri à Tioumliline, à la fois pour les conserver et en pensant qu'elles pouvaient intéresser les moines ou les résidents temporaires du monastère).

  La remise officielle des archives a eu lieu le 2 février 1960 lors d'une réception organisée par Tourisme et Culture en l'honneur des membres de « l'ancienne et inoubliable association des Amis de Fès, association qui lui a transmis ses précieuses archives et qui a ainsi officiellement achevé sa tâche, s'effaçant de la vie publique au bénéfice d'un groupement Tourisme et Culture mieux appuyé par sa filiation au ESSI » (Courrier du Maroc du 3 février 1960).

  C'est ainsi que disparaît l'association des Amis de Fès, après un sommeil de près de 6 ans.

  Quant aux archives des Amis de Fès, « deux ou trois ans après, quand le docteur Secret, de passage à Fès, demanda de les consulter au Syndicat d'Initiatives, on ne put trouver trace de celles que nous avions remises » ( Bressolette) !

   Il y a deux ans, j'ai rencontré à Fès M. Mohammed Benchekroun, qui m'a confirmé la disparition rapide des archives remises au Syndicat d'Initiatives.

   Henri Bressolette a dit que 5 exemplaires dactylographiés de chaque conférence étaient archivés … cela multiplie par cinq les chances d'en retrouver !!

  Une nouvelle fois, fouillez dans vos vieux documents sur Fès et cherchez les conférences des Amis de Fès. Il reste de la place pour les publier sur les Anciens du Maroc
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